LA MOBILISATION PARTIELLE EST AFFICHÉE DANS LE NORD ET L’EST
J’étais commis épicier à Toul, rue St Jean, (Epicerie SOUVAY, un vosgien également). Tous les jours, nous allions livrer des marchandises dans l’une ou l’autre des cantines régimentaires de la garnison composée de sous régiments de 2 divisions, plus d’un Régiment d’artillerie de campagne, d’un d’artillerie lourde, d’un de dragons, d’un d’aérostiers avec deux dirigeables (Adjudant Vincent et Adjudant Réau) de l’intendance du corps d’armée, d’un régiment du génie, de l’État-Major des deux D.I. Dans toutes les casernes, on constatait une fébrile agitation. Des trains de matériels neufs, de vivres, de munitions se succédaient en gare et ces stocks s’entassaient dans les magasins ou casemates des fortifications. Cela commençait terriblement à puer la guerre. Et le ciel persistait à être toujours aussi rouge… Puis vint le coup de SARAJEVO qui allait mettre en branle tout ce qu’on redoutait et espérait tant à la fois: l’affichage de la mobilisation partielle dans les régions de l’Est permettant la mise en place des troupes de couverture des régions de VERDUN, NANCY, TOUL, BAR le DUC, NEUFCHATEAU, EPINAL, LUNEVILLE, COMMERCY, BESANCON et BELFORT. C’était le 28 juillet.
Les réservistes arrivèrent aussitôt. En deux jours, les effectifs étaient au complet, soit 32.000 hommes qui rejoignirent aussitôt leurs positions de combat.
Ce fut vraiment beau ce défilé dans les rues si étroites de l’époque de Vauban avec son enceinte de fortification percée de 4 portes à pont-levis. Ce n’était qu’un océan de képis et de pantalons rouges et de capotes bleues. Sur leur visage clair, les hommes montraient une lumière indéfinissable de force et de gloire à venir. Ils ne songeaient pas à la terrible aventure vers laquelle ils allaient, pas plus qu’aux flots de sang qu’il faudrait verser pour l’avoir. Ce sang, de tant des leurs, dont le ciel était toujours marqué.
Pourtant, sur les trottoirs, femmes et enfants laissaient tout de même voir des pleurs…
Puis ce fut le 2 Août. Les escarmouches commencèrent. Saverne, Munster, Colmar sont pris. Colmar le fut sans doute, il fallait le lâcher. Et ça continuait, on approchait de Metz, de Strasbourg. C’était la joie, on se voyait déjà à Berlin (Que ne racontait-on pas?) Jusqu’à cette fameuse toute nouvelle poudre: la Turpinite, dont étaient chargés nos obus. Poudre terrible dont la fantastique explosion foudroyait le boche sur 100 m de rayon! Le laissant dans la position où il se trouvait à ce moment!!!
Mais bientôt vinrent d’autres nouvelles. La Belgique violée, les troupiers de ce pays pourtant très braves, obligés de céder. Puis ce fut la tragédie de Charleroi, notre repli sur l’Aisne, la Marne, Paris menacé. Enfin, ce fut l’arrêt avec la victoire de la Marne. Elle allait nous permettre de souffler et d’espérer.

A Suivre…

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