Un de 14-18: chapitre 3
JE DÉCIDE DE M’ENGAGER
Pendant ce temps, de la frontière, arrivaient des jeunes Alsaciens-Lorrains ne voulant pas porter l’uniforme allemand et demandant à s’engager. Rien qu’à Toul, il en vint en quelques jours, environ 6.000. Trois casernes furent nécessaires pour les héberger. Le même enthousiasme, le même désir de se battre se manifestaient chez nous, si bien que 3 commis épiciers de la maison avertirent la patronne qu’ils allaient s’engager. Inutile d’essayer de les retenir. Pour eux, la France les attendait. Tu parles!
La patronne nous fit à chacun un colis de conserves et de tabac. Et sans doute, pensant à son mari parti dès le premier jour au 156ème à Toul, versait quelques larmes en nous voyant partir vers la place d’armes près de la cathédrale.
Des quantités de jeunes étaient là. Nous attendîmes que les autorités submergées par ce flot de volontaires prennent les décisions nécessaires émanant du Ministère de la Guerre. Fiers d’être bientôt sous l’uniforme, nous patientions dans la bonne humeur. Ne touchant aucun vivre, il fallut se débrouiller. Enfin vint un ordre de nous répartir dans 3 casernes de la ville, où il nous fut distribué du pain et du singe. Eau à discrétion des bornes de la cour. Le lendemain, formés par équipes, on nous conduisit creuser des tranchées autour des forts de la ville. Situation bizarre. Et de rouspéter, clamant que nous étions venus pour en découdre et non faire les terrassiers. A peine admettions-nous quelques semaines d’instruction avant le départ en renfort.
Un beau matin, on nous distribue à chacun un vieux képi. Enfin on commençait à nous prendre au sérieux! On commençait à ressembler à un vrai troufion. C’était déjà un point d’acquis. Vous pensez si on se redressait! Vint le jour où on fut présenté au Conseil de Révision. Il était temps, beaucoup d’entre nous parlaient d’aller faire un tour dans un autre camp d’engagement. Visites ultra rapides. Tous, ou à peu près, étaient déclarés « bon ». Pour moi, il y eut un hic ainsi que pour bien d’autres. Je n’avais pas de consentement des parents. Impossible de l’obtenir, Toul ville fermée n’avait aucune correspondance avec le dehors. J’eus beau protester, crier, rien n’y fit. La mort dans l’âme, je dus abandonner les camarades, mes illusions, ma soif d’être soldat. Déçu, découragé, je rentrai chez ma patronne. Elle n’avait plus qu’un apprenti pour un gros train de commerce et sa charge de deux petits enfants ainsi que le souci de son mari dont elle n’avait évidemment aucune nouvelle. Je me remis au travail et mis de l’ordre dans les rayons qui en avaient bien besoin.
A Suivre…

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| Cette entrée a été posté par PhilC le 14 mai 2009 à 18 h 39 min, et placée dans Un de 14-18. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou bien un trackback depuis votre site. |



