Un de 14-18: chapitre 4
JE DOIS QUITTER TOUL
Un jour, grillant du café dans la cour, j’entendis cogner à la porte. La patronne vint ouvrir. C’était le commissaire de police qui demandait ce que je faisais là, moi jeune n’ayant aucune autorisation de séjour. Je suis emmené sans ménagement au poste. J’étais furieux. Questionné, (l’espionnite commençait à régner) j’exposai ma situation et mon état-civil ainsi que les endroits où j’avais déjà travaillé (Val d’Ajol, Remiremont, Paris). Le commissaire ignorait que je l’avais connu à Remiremont d’où il sortait. Mon exposé terminé, il me demande de lui citer des personnalités de cette ville. Je lui en citai autant qu’il en voulut en terminant par le sien et lui rappelant son intervention lors de l’incendie Burgunder. Fixé et paraissant ennuyé, il me dit regretter, mais qu’il était dans l’obligation « de me refouler »:
« - Je vais vous faire un laisser passer pour Neufchateau au lieu du Midi comme sont les ordres. Une fois là, vous vous débrouillerez bien pour rentrer chez vous en douce. »
Remerciements. Je revins à la maison. Je fis mes adieux à la patronne lui souhaitant bon courage et m’en fus nanti d’un gros colis. J’arrivai facilement à Neufchateau, et à peu près aussi facilement à prendre en douce un marchandise via Epinal-Arches où j’arrivai en pleine nuit. Le poste de G.V.C. me mit en demeure de rester là. Je ne me frappai pas et m’étendis sur la paille, dans la salle d’attente. Réveillé dans la nuit par une relève, je fus tout surpris de trouver un de mes oncles (Jules Dieudonné, frère de ma mère) qui évidemment se porta garant pour moi auprès du sous-off. Redemandant à partir de suite, il me répondit:
« - Pas question! C’est ton oncle Louis qui est de garde sur ton passage et lui, tu le connais: service service, il te tirerait dessus! (Cet oncle Louis est le frère de mon père) »
Après une petite discussion, le sous-off me laisse partir accompagné de mon autre oncle. (Cet oncle Louis vit toujours et se rappelle. Il a 93 ans cette année). J’arrivai à la maison vers 4 heures du matin. Mes parents furent vite debout et après les effusions me demandèrent ce qui m’était arrivé depuis la mobilisation. Je racontai mon histoire. A la suite, j’appris que mon frère Marcel était à Lunéville où il était contraint de ravitailler les fritzs, étant gérant de la COOP des faïenceries. (Quand Lunéville fut reprise, il rejoignit l’intendance à Epinal où il était affecté).
A Suivre…

« Un de 14/18 parmi tant d’autres » de René Charpentier by PhilC est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.
Aucun trackback pour l'instant
about 1 week ago - Aucun commentaire
NOUS PRENONS CONTACT AVEC LE FRONT- SECTEUR DE BRIMONT Remise en ordre du cantonnement. Achat de quelques vivres et le plein du bidon. Encore un trait de tiré avec la facilité. Cette fois, c’était bien le commencement du bain. Nous allions vivre notre première nuit de guerre. Classons là dans un coin du cerveau pour
about 3 weeks ago - Aucun commentaire
NOUS QUITTONS LE CAMP- TRAVERSÉE D’ÉPERNAY- ON EST NOYÉ DE VIN Le surlendemain, réveil à 5 heures. Départ à 6h30. Jus, casse-croûte et en route vers Epernay. Il faisait un beau temps sec. On était joyeux, peut-être allait-on embarquer pour les Dardanelles. (Encore ces Dardanelles !). Mais il était écrit que jamais nous ne verrions
about 2 months ago - Aucun commentaire
PRÉSENTATION DU DRAPEAU- JE RETROUVE CREUSAT ET BALLAND Faisceaux formés, sacs à terre, le tout bien aligné, nous attendons les 5 ficelles et les feuilles de chêne. Beau temps, mais un peu froid. Parmi toutes les nouvelles qui circulent, j’entends que les 107ème et 121ème chasseurs sont là. Par échange de nouvelles, je savais que
about 2 months ago - Aucun commentaire
ARRIVÉE AU VALDAHON- FORMATION DE NOTRE RÉGIMENT Formée à 250 hommes, notre Compagnie était encadrée par des rescapés de l’active et volontaires également. Nous avions toujours notre caporal TISSOT et notre sergent » RISPOT » de la classe 11 et notre chef de section, le lieutenant DE L’ESTRANGE, classe 10, un charmant garçon. Il était bien
about 2 months ago - Aucun commentaire
J’EN AI ASSEZ, JE DEMANDE A PARTIR DANS LES NOUVELLES FORMATIONS Un beau matin, le sergent-major nous lit une note annonçant la création de nouvelles unités d’infanterie, et qu’elles seront formées exclusivement de volontaires. Je décide aussitôt d’en être un et vais me faire inscrire. De Raon, FRENOT fut le seul à me suivre. J’avoue
about 9 months ago - Aucun commentaire
VISITE D’INCORPORATION- JE SUIS PROPOSE POUR LA CAVALERIE! Vint la visite d’incorporation. Déclaré bon pour le service, je retournais me rhabiller quand un infirmier dit: « – Il a les pieds plats celui-là ! » Je l’aurais mangé tout cru. Retour près du major qui regarde mes pieds et laisse tomber : « – Inscrivez
about 11 months ago - Aucun commentaire
ARRIVEE EN PLEINE NUIT AU DEPOT Rolampont. Tout le monde descend. Notre cantonnement est Jorquenay à 4 Km de là. Encadrés par quelques sous-off et hommes de troupe, nous nous y rendîmes sous une pluie dense et froide. Nous étions environ 600 que cette pluie ne rendait pas loquaces. Sale pays en vérité. Une couche
about 12 months ago - Aucun commentaire
RÉCEPTION DES FEUILLES DE ROUTE – DÉPART VERS LES DÉPÔTS Vers le 8 décembre 1914, nous recevons nos feuilles de route. Et de courir chez l’un chez l’autre pour connaître notre affectation réciproque. 17 rejoignaient le 152 de Gérardmer, et 5 les 5ème et 15ème chasseurs. Je faisais partie des 17 et n’en étais pas
about 1 year ago - Aucun commentaire
JE RENTRE A RAON – LA CLASSE 15 EST APPELÉE – MES CONSCRITS Cette affaire m’avait guéri. Je n’irais plus en escapade. Au reste, le jour était proche où il nous faudrait montrer nos anatomies aux majors de l’armée. Novembre 14, les convocations arrivent. De Raon où j’étais remonté, drapeau au vent, nous descendons à
about 1 year ago - Aucun commentaire
NOUS SOMMES LIBRES ET RENTRONS A REMIREMONT Au matin, un sous-officier parut et nous cria: – « Debout! Préparez-vous! » C’était plutôt lugubre comme réveil et nous donnait un frisson peu agréable. Conduits à la cuisine, on y boit le jus (peut-être le dernier). Amenés devant le colonel, celui-ci nous dit sans préambule: – « votre comportement est