Un de 14-18: chapitre 6
VISITE DU CHAMP DE BATAILLE ET RETOUR A REMIREMONT
Au jour, cela semble se ralentir. Nous sortons nos vivres et nous nous mettons à manger. Puis le vacarme reprit et fit rage à nouveau sur le plateau. Nos nerfs commençaient à se montrer bien sensibles. Des troupes montaient en silence. Des blessés légers descendaient. Grande était notre envie de les questionner, mais nous n’osions pas nous montrer.
La journée se passait ainsi. Le soir, l’accalmie était venue. Nous restâmes encore une nuit dans l’abri. Le lendemain, le bruit du canon ne s’entendait plus que très loin. Nous décidâmes de monter au col. Laissant nos colis sur place, nous gravissons la pente. Bientôt apparaissent les premiers tués. Cela nous serra le cœur. Nous en trouvions dans toutes les positions, sur le ventre, face au ciel, sur le côté, les mains crispées et serrant encore leur fusil, d’autres affreusement mutilés, et du sang, du sang… Ce n’est vraiment pas beau la guerre. Des quantités de sapins étaient déchiquetés par les obus. Plus on montait, plus les cadavres étaient nombreux, plus les trous d’obus étaient rapprochés. Mais le spectacle le plus horrible était sur le plateau où les morts français et allemands étaient confondus et se touchaient presque.
Ce fut un peu plus bas, côté Raon-l’Etape, que je vis mes deux premiers embrochés à la baïonnette. C’était affreux. Un marsouin et un boche s’étaient éventrés simultanément de leur baïonnette près d’un sapin. Ils étaient restés debout, leurs fusils plaqués contre le fût de l’arbre les maintenaient dans cette position. Nos regards ne pouvaient se détacher d’un tableau si hideux.
C’est bien déprimés que nous continuâmes à explorer le plateau, nous penchant vers les Français. Nous n’en reconnurent aucun. Tant mieux, paix à eux tous.
Vers le soir, ayant repris nos colis, nous rentrons à Rambervillers et rejoignons Remiremont par le train. Nous remettons aux parents colis, lettres, argent non distribué. Quelques personnes mirent en doute notre déplacement, mais tout rentra dans l’ordre lorsque les lettres arrivèrent, signalant la réception des colis, etc… remis par Tinette. Ce pauvre cher Tinette qui devait être tué en Alsace, quelques mois après comme sergent.
A Suivre…

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