Un de 14-18: chapitre 7
DE LA CAVALERIE NOUS CERNE ET ON NOUS EMBARQUE!
A 400 mètres à notre gauche, camouflée derrière une haie: une batterie de 75 crachait sans arrêt de ses quatre pièces à fusants que l’on voyait éclater sur le coteau d’en face. Mais pourquoi un officier avec sa jumelle regardait-il avec insistance dans notre direction? Rapidement, on fut fixé! Subitement, une galopade retentit à nos oreilles et on entend aussitôt:
- » En fourrageurs! Sabres au clair! »
Nous bondissons et nous nous relevons pour voir une vingtaine de chasseurs à cheval qui nous encerclait. L’un deux tire une balle avec son mousqueton. La balle piaule entre Boyon et Tissier qui affolés se sauvent à toutes jambes. Je reste sur place et leur crie:
- « Arrêtez! Arrêtez! Ils vont vous sabrer sur place! »
Ce fut salutaire, ils arrêtèrent pile. Et ce n’est pas fiers du tout qu’ils nous cueillirent. Les chasseurs prirent nos laisser-passer et, encadrés par eux, nous partîmes. Tout en marchant, le chef de peloton, un lieutenant, me posait un tas de questions qui m’inquiétait. J’avais l’impression qu’il nous prenait pour des espions. Conduits dans une ferme pleine d’officiers, on nous débarrassa de tout ce que nous avions, poches comprises. Puis on nous enferma dans une chambre, sous la garde d’une sentinelle armée.
Une heure après, nous comparaissions devant un colonel d’artillerie. Sur une table à ses côtés nos lettres et colis ouverts… Interrogatoire d’identité, questions:
- « que faites-vous là? Pourquoi? »
Comment avions-nous fait pour passer les lignes? Qui nous avait guidé ou aidé? Pourquoi nous étions si près de la batterie, etc… Ah! On ne brillait pas! Oh, non!
Puis le colonel s’adressait à moi seul et continuait son interrogatoire. Sans y mettre de formes, nettement, je répondis à toutes ses demandes. J’allai jusqu’à lui dire que j’en étais à ma 3 ème sortie. Comme références, je citai Mr Puton, procureur de la république, Mr Georges Maire, le commissaire de Remiremont, etc… Tous ces messieurs nous connaissant bien.
- « Bien, dit le colonel, mais il n’en reste pas moins que votre attitude est anormale. Des renseignents seront demandés à Remiremont. Demain matin, vous serez fixés sur la suite »
Il se lève et fait signe à la sentinelle de nous emmener. Mais j’avais eu le temps de lui voir faire un clin d’œil plutôt rigolo vers le lieutenant présent à l’interrogatoire. Cela suffit pour me rassurer pour la suite. Amers, mes deux camarades étaient à plat. Impossible de les rassurer. Ils se voyaient déjà fusillés. Ils voyaient leur jeunesse sombrer dans la honte et déploraient cette aventure. J’eus un mal de chien de leur redonner un peu de cran en leur racontant le clin d’œil du colonel. Entre temps, il nous avait été apporté à chacun une gamelle de haricots et de bœuf grillé, pain et eau, la boisson par excellence du soldat. Ce rata semblait ma foi fort bon et j’y fit honneur. Mais pas Boyon et Tissier qui n’avaient encore pas suffisamment réagi. Ils se rattrapèrent dans la nuit, ce qui fit qu’on réussit à la terminer sans trop rêver de poteau d’exécution. Le canon ne nous gênait pas, les coups étaient rares. La bataille était finie et les boches rejetés.
A Suivre…

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| Cette entrée a été posté par PhilC le 28 mai 2009 à 21 h 03 min, et placée dans Un de 14-18. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou bien un trackback depuis votre site. |



