PROLOGUE
Incorporé avec ma classe (1915), je suis versé au 152ème R.I. De Gerardmer. Le dépôt est à ROLAMPONT, HUMES ET JORQUENAY-(Hte-Marne)
Environ 40 jours d’instruction, et comme volontaire je passe au 407ème R.I.

Février 1915, camp du Vald’Ahon (Doubs). Formation nouvelle d’une série allant pour l’infanterie du N° 401 au 421, pour les chasseurs du N° 101 au N° 121. Nos cadres étaient constitués par des gradés blessés et guéris. Quand aux hommes, nous étions tous de la classe 15, soit environ 2600 hommes sur les 3000 que comptait chaque unité.
Sans y mettre la plus petite parcelle d’orgueil, je puis dire que cela donnait de belles unités. Représentez-vous cette masse de gamins plus ou moins imberbes, ayant encore en tête tout ce que nos instituteurs avaient su nous inculquer d’amour de la France, du deuil de l’Alsace-Lorraine et du désir de prendre notre revanche sur 1870. Ces gamins que nous étions allaient avoir à donner une suite à ces leçons et à vivre de grandes choses pour les réaliser.
C’est avec cet état d’esprit que pendant ces terribles années, ils prouvèrent que la confiance mise en eux était méritée et justifiée. Ils furent de toutes les grandes attaques: SOUCHEZ, NEUVILLE-St-WAST, le LABYRINTHE, le MONT-St-ELOI, COTE 140, ARRAS, CHAMPAGNE, BOIS le PRETRE, VERDUN, (ah, ce VERDUN!), Les EPARGES, le CHEMIN DES DAMES, la SOMME, St-MIHIEL, la LORRAINE, l’ALSACE, la terrible ligne HINDENBURG,etc…la culbute des boches, partout il y eut des fantassins des 400 et des chasseurs des 100, et toujours au 1er rang. La grosse majorité gagnait rapidement la fourragère.

VIVE DONC CES FORMATIONS!
Ceci dit, ce n’est pas exactement la guerre que je vais écrire, c’est MA guerre: nuance… Il n’y en aura pas de morale à en tirer. Au reste mon instruction toute primaire m’ôte toute prétention, ensuite, mon français est trop pauvre et je fais bien des fautes! Mais cela je m’en moque puisque j’écris pour me souvenir.
Je m’efforcerai à décrire les secteurs au mieux et les souvenirs s’y rapportant, bons, ou mauvais. Si, parfois je suis entraîné à me montrer dur, ou sévère c’est que revivant des faits qui ont été parfois douloureux, je me retrouverai avec l’état d’esprit de ces moments. Cet état d’esprit que la vie monstrueuse que nous menions mettait en nous quand parfois, on voyait tant d’iniquité, tant d’erreurs qu’il nous fallait payer de notre sang ou de notre dignité, ce qui était pire encore. Les anciens qui pourraient me lire comprendront, quant aux jeunes puissent-ils avoir lu beaucoup de livres sur la GRANDE GUERRE DE 1914/1918.
En tout cas, ce qui va suivre sera strictement exact. Si le hasard veut que ce cahier tombe dans les mains d’un curieux dans 50 ou 100 ans, je lui demande de croire ce qu’il lira. Si toutefois il a le courage d’aller jusqu’au bout! Peut-être le verrai-je du fond de mon trou, j’admirerai son courage. En plus, je serai le plus heureux des esprits s’il veut bien par dessus le marché accorder à ces pauvres bougres de fantassins (ce matériel de tranchées comme nous nous désignons nous mêmes) une petite pensée en se rappelant qu’ils fournirent les ¾ des 1.500.000 tués de cette guerre. Il n’oubliera pas non plus que la moyenne des blessures fût de 3 par fantassins.
A vous Salut et Merci!

René Charpentier

A Suivre…

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