Un de 14-18: chapitre 9
JE RENTRE A RAON – LA CLASSE 15 EST APPELÉE – MES CONSCRITS
Cette affaire m’avait guéri. Je n’irais plus en escapade. Au reste, le jour était proche où il nous faudrait montrer nos anatomies aux majors de l’armée. Novembre 14, les convocations arrivent. De Raon où j’étais remonté, drapeau au vent, nous descendons à Remiremont, braillant plutôt que chantant. Nous avions un clairon qui sonnait ce qu’il savait ou pouvait. C’était une classe formidable. Depuis 50 ans, on n’avait pas vu la pareille à Raon. 23 conscrits de tout poil et grandeur (de 1,52 Aubel à Mougin, 1,82 m). Remiremont était en délire. Il faut avoir connu cette époque, comprendre le prestige de l’armée sur nos régions. Ceci pour vous dire que ce fut dans une ambiance formidable venant autant des civils que des conscrits que se passèrent et le conseil de révision et les virées qui suivirent. 22 sur 23 étaient bons pour le service. Le 23ème , Denis Bailly, gaillard costaud, s’était ouvert le genou en ébranchant un arbre et en avait conservé une ankylose totale.
Ce furent trois jours de folle liesse à courir de ferme en ferme voir les conscrites, très nombreuses aussi. Elles nous recevaient avec gentillesse. C’était la joie. Nous nous amusions donc sans souci. De toute façon, on ne pouvait éviter ce qui nous attendait, la mort comprise. Donc, profitons-en. La suite à plus tard. Après tout : à la guerre comme à la guerre. Il n’y a jamais que les tués pour y rester. Nous ne voulions pas songer à ce qui nous attendait. Piètre philosophie, sans doute, mais combien valable en ces temps.
VOICI NOTRE CLASSE: CEUX QUI SONT SUIVIS DU SIGNE + SONT LES VICTIMES
De Raon-Haute
AUBEL Louis, PIERRE Arthur +, JACQUEMIN Léon +, PETITJEAN Georges (grand invalide), LAMBOTTE Léon, THIRIET Camille, BALLAND Camille +, DIEUDONNE Denis, CHARPENTIER René.
De Raon Basse
MOUGIN Eugène +, VAUBOUG Gabriel +, VAUBOURG Camille +, LAURENT Marcel, FENAUX Georges, CREUSAT Georges +, PIERRON Louis +, GABRION René
De la Racine, des Trayes et du Pranzieux
LAHACHE Georges +, FRENOT Alphonse +, BAILLY Denis (réformé), ARNOULD Louis +, BERNEZ Paul +, GROSSIR Elie. (LAHACHE fut notre premier tué)
On le voit, 13 tués sur 22 appelés, c’est lourd. Allez compter le nombre de morts sur le monument. Vous constaterez que c’est notre classe qui proportionnellement est la plus touchée avec la classe 15. L’explication est la suivante : sur 33 classes mobilisées, ce sont les seules classes à ne fournir que des fantassins. En plus à Raon, notre classe peut être fière, toujours proportionnellement de compter le plus de décorés (FENAUX et MOUGIN, 5 citations). Seuls deux, faits prisonniers au début ne furent pas cités (LAURENT et GABRION) ce qui n’enlève rien à leur valeur. En plus de ces croix de guerre, il y avait 6 Médailles Militaires, 4 Légions d’Honneur (PETITJEAN, DIEUDONNE, FENAUX et moi-même). Une cinquième est en instance à titre posthume pour MOUGIN. A ma connaissance, seuls les deux frères COUSIN, qui eurent la Légion d’Honneur au titre d’officiers, il n’y a à Raon qu’Arthur PIERSON, ancien adjudant de la classe 12, réformé à 100%. Nous pouvons donc être fiers de notre classe et remercier les dieux de la chance qui étaient peut-être présents lors des distributions ??? En 1962, nous restons 7 rabioteurs qui sont PETITJEAN, THIRIET, BAILLY, GROSSIR, DIEUDONNE, GABRION et moi. Ce rabiot est donc apprécié. Profitons-en et pensons à tous nos disparus.
A Suivre…

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| Cette entrée a été posté par PhilC le 17 juin 2009 à 21 h 55 min, et placée dans Un de 14-18. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou bien un trackback depuis votre site. |


