Un de 14-18: chapitre 11
ARRIVEE EN PLEINE NUIT AU DEPOT
Rolampont. Tout le monde descend. Notre cantonnement est Jorquenay à 4 Km de là. Encadrés par quelques sous-off et hommes de troupe, nous nous y rendîmes sous une pluie dense et froide. Nous étions environ 600 que cette pluie ne rendait pas loquaces. Sale pays en vérité. Une couche de 10 cm de boue engluait nos chaussures. Nous y arrivâmes trempés et frigorifiés. Ça débutait bien ! En plus, des tas de fumier énormes partout. Ce patelin devint aussitôt » Jorquenay les fumiers « . Après nous avoir affectés par section, les sous-offs désignèrent nos granges ou greniers. Quoique tout Raon fut de la même compagnie, je me retrouvai seul avec FRENOT à la 1ère section (32ème compagnie). Les autres étaient éparpillés au petit bonheur à travers le pays et les 3 autres sections. A notre grange, le caporal TISSOT de la classe 12 nous met gentiment à notre aise. C’était un ex-blessé du début de la guerre. Les Parisiens, arrivés 3 jours plus tard, achevèrent de compléter les effectifs. Dès le lendemain de notre arrivée, nous fûmes équipés entièrement avec les tenues n° 2 de nos anciens, partis avec du neuf. Le tout était passable. Je ne touchai pas de pantalon. Le sous-off me faisant remarquer que mon pantalon de velours (genre culotte de cheval) était meilleur que ce qu’il avait. Je n’eus que la salopette bleue qui cachait depuis deux mois le pantalon rouge trop voyant. Ma veste était de format court. (En 1916, j’avais encore pantalon et veste.)
Heureux comme des rois, nous filions pour nous transformer enfin en vrais soldats. Le soir, même, nous nous retrouvions tous au bistrot Robinet, où chacun s’émerveillait de se voir aussi beau!
Des gosses quoi! Un seul n’eut pas tout. Chaussant du 45, on ne trouva rien de cette pointure. Si bien que pendant deux mois, il ne fit rien que des corvées en pantoufles. Et encore fallait-il qu’il fasse beau. Sacré BERNEZ va!
A Suivre…

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