VISITE D’INCORPORATION- JE SUIS PROPOSE POUR LA CAVALERIE!

Vint la visite d’incorporation. Déclaré bon pour le service, je retournais me rhabiller quand un infirmier dit:
« – Il a les pieds plats celui-là ! »
Je l’aurais mangé tout cru. Retour près du major qui regarde mes pieds et laisse tomber :
« – Inscrivez ! Changement d’armes ! Artillerie montée ou chasseur à cheval ! »
J’étais effondré. Je tempêtais, me démenais, disant que mes pieds ne me gênaient nullement (ce qui est vrai !), que je voulais être dans l’infanterie, que j’avais peur des chevaux, que nous étions ici 19 du même pays, etc… Je fis tant que le major me dit :
« – Après tout mon petit, (encore une vexation, je le savais que j’étais petit !) si tu y tiens tant que cela reste, mais si tu savais ce qui t’attend, tu t’empresserais de changer. »
Mais j’avais gain de cause. Le roi n’était pas de ma famille ! (Par la suite, j’eus souvent l’occasion de regretter une bonne planque aux chasseurs à cheval comme escorte d’un général).
C’est le lendemain que les Parisiens arrivèrent avec leur grande gueule. Il n’y en avait que pour eux. Ils m’évitèrent, me prenant, avec mon bouc, pour un ancien. Et puis, je les connaissais, y ayant travaillé dans leur Paris ! Au fond, des braves types, mais paradeurs et esbroufeurs en masse. Et quand ils parurent à l’exercice, ils achevèrent d’être mis au pas. Surtout que nous avions un adjudant corse d’origine qui n’arrêtait pas d’aboyer et de hurler après eux.
« – Je vous dompterai vite mes salauds. Vous allez voir que Canavaggia sait faire pisser le sang aux rétifs. »
C’était le type parfait du juteux de l’époque. Il était détesté de tous. Il rejoignit plus tard le 152ème avec un renfort et y fut tué rapidement et bizarrement…Paix à ses cendres.
L’instruction était pénible. Dès 7 heures du matin, les sections partaient dans la boue glacée du cantonnement pour les plateaux enneigés où soufflait une bise glaciale qui eut été mortelle s’il n’y avait eu l’exercice ininterrompu. Mais Dieu que les culasses étaient froides. Et il y avait la reptation dans la neige ! Eh, cette reptation ! Que de mauvais souvenirs elle nous a laissé. C’est ainsi que trempés, glacés, nous rentrions. Heureusement, les habitants avaient pitié. Ils nous séchaient nos treillis et nous laissaient nous approcher du feu.
Vers 6 heures, le soir : soupe ! Oh, pas varié le menu ! C’était toujours la soupe de bœuf, le bouilli et les patates. De très rares fois : pâtes ou haricots. Pas fameux, mais suffisant. Quand on pense aux menus de maintenant dans l’armée, ça fait rêver !
Parfois, nous avions la visite de parents. Cela faisait plaisir. Naturellement, il leur fallait coucher avec nous dans la paille ou le foin. C’était un entracte dans notre vie fort apprécié, mais c’était aussi bien déprimant pour certains cafardeux.
Notre instruction allait donc au pas de course. Cela faisait bien plaisir. Ne nous avait-il pas été notifié à un rapport que nous devions être mobilisables 6 semaines après notre incorporation. Les dépôts se vidaient vite, il fallait tant de renforts. Et, à part nos instructeurs, il n’y avait plus d’anciens ni de bleus de la 14 au dépôt.

A Suivre…

Creative Commons License
« Un de 14/18 parmi tant d’autres » de René Charpentier by PhilC est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.

Related Posts with Thumbnails