NOS PREMIERS TUES- DE SANG-FROID, JE TIRE POUR LA PREMIERE FOIS UN BOCHE
Pour nous mettre du plomb dans la tête, on nous fit renforcer les deux réseaux de barbelés qui nous protégeaient. On nous fit aller chercher notre soupe à l’arrière pendant huit jours. C’est lors d’une de ces corvées que le régiment eut ses premiers tués. Trois de ces corvées (malgré l’interdiction) avaient pris l’habitude de quitter le boyau pour passer sur le terrain. C’était narguer les boches ! Si bien qu’un beau jour, ils leur envoyèrent une vingtaine de 77. Résultat : 5 tués. C’était bête et surtout bien triste pour les parents à la réception de cette nouvelle. Mais hélas, passons ! Il allait arriver un temps où nous serions cuirassés.
C’est bien tristes que ce jour-là les rescapés rentrèrent. Il n’y eut pas de compliment non plus cette fois là.
C’est dans ce secteur que j’eus l’occasion de tirer à vue sur mon premier Fritz. De guet à la tranchée au côté d’un mar-gis d’artillerie observateur pour son groupe, il me fit remarquer un boche bricolant à quatre ou cinq cent mètres, à côté d’une maison en ruine. C’était se foutre de nous ! On décide de faire un carton. Chacun à son créneau, on vise soigneusement et : pan ! pan ! On regarde, l’allemand n’avait pas bougé et continuait. C’était vexant, car, pour ma part, aux séances de tir, je faisais mouche à 400 mètres. Le sous-off recommence, même résultat. J’en déduis aussitôt que l’ayant raté, il avait le droit de vivre. Ce n’était pas on heure : qu’il vive !

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