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Un de 14-18: chapitre 16
8/08/10
NOUS QUITTONS LE CAMP- TRAVERSÉE D’ÉPERNAY- ON EST NOYÉ DE VIN
Le surlendemain, réveil à 5 heures. Départ à 6h30. Jus, casse-croûte et en route vers Epernay. Il faisait un beau temps sec. On était joyeux, peut-être allait-on embarquer pour les Dardanelles. (Encore ces Dardanelles !). Mais il était écrit que jamais nous ne verrions de demoiselles voilées. Dommage ! Gaillardement, nous fîmes ce premier jour, nos trente-deux kilomètres, coupés de la grande halte où nos cuistots nous servirent singe chaud et patates avec ¼ de vin et un jus. Dans ces moments là, il n’y avait pas encore de roulante et le rata se faisait dans les talus et les fossés, par sections. Quand au jus, on le broyait à coups de crosses de fusil dans un plat de campement. On le flanquait dans une chaussette ou un mouchoir pour le passer ! Ça allait tout bien. Une de repos avant la reprise. Cette première journée fut donc sans histoire à travers le désert de la Champagne pouilleuse avec ses petits pins rabougris et son herbe grasse de craie et que le printemps n’arrivait même pas à reverdir. Les chansons fusaient quand même, vous savez, ces chansons de troupiers plus ou moins grivoises dont certaines venaient déjà des troupiers de Louis XV. C’est encore les meilleures. Nous arrivâmes au cantonnement. Je ne me rappelle plus le nom. Aucune importance. La soupe fut vite avalée et nous fûmes dans la paille. Tout de même, 32 Km avec 50 Kg sur le dos, ça compte quand même ! Au réveil, nous furent assaillis par les gosses qui nous réclamaient nos biscuits, ces fameux biscuits durs comme pierre et très nourrissants mais qu’il fallait casser à coups de crosses sur des pierres et qui sont inconnus de la troupe maintenant. Impossible de les satisfaire, nous n’en avions pas encore touché. Le jus pris, on se remet en route. De la vigne, beaucoup de vigne entre deux patelins. Arrivés sur une crête, on voit à nos pieds une belle ville s’étirant sous le soleil : Epernay. A son entrée, un ordre : arme sur l’épaule, pas cadencé, marche ! On allait donc défiler. Les cliques des bataillons soutenaient la cadence. La traversée est longue, les langues se parcheminent, le soleil est ardent. Les rues sont pleine de monde nous acclamant. Parmi eux, on remarque des bonnes vieilles qui se lamentent :
- « Mais regardez donc ! Ce n’est que des gosses ! Si c’est pas malheureux de les faire tuer ! A quoi donc pense le gouvernement ! »
Bien sûr, 9 sur 10 étaient imberbe, mais, eh là, grand-mères nous sommes des hommes tout de même. Arrivés aux faubourgs, on constate un flottement dans la cadence. On compris vite. On distribuait du champagne à gogo, et cela sur bien 200m ! J’en ai bu 5 quart pour ma part. Nous étions propres ! Les officiers qui ne donnaient pas leur part disaient bien :
- « Pas plus d’un quart seulement »
Ben oui, d’accord puisque aussi bien, on ne pouvait avaler qu’un quart à la fois ! Oui, mais voilà, il y avait toujours des paniers alignés. Ajoutez à cela un soleil de plomb et les 20 km déjà dans les jambes, bridées par les courroies, la charge et ce sacré pas cadencé, plus très respecté il est vrai. Finie la belle tenue du régiment, les ordres avaient beau pleuvoir, seul était maître le champagne ! Les clairons ne faisaient même plus de couac ! Ils étaient raides ! Et ne jouaient plus que du quart ! Le colon était furieux. Caracolant le long de la colonne, il ne cessait de nous apostropher, mais sans résultat. Devant cette situation qui tournait à la pagaille, il prit la sage résolution de nous faire faire la grande halte à 2 km de là. Il permit un casse-croûte. Repos de trois heures, ce qui permit aux vapeurs du champagne de se volatiliser. Encore un peu ahuris, on reprit le barda. Pour nous remettre et nous punir, on fit 2 Km de pas cadencé. Ben, je vous jure que ça compte, mais personne ne se plaignit. La vie avait été trop belle. Vers 18 heures, on arrive à Villedomange, coquet village entouré de vignes. Très bien reçus par les habitants, attendris eux aussi, de nous voir si jeunes. Ils s’évertuèrent à nous donner tout le confort possible dans leurs maisons. On mit à notre disposition du champagne nature à 12 et 15 sous le litre suivant degré, ce dont nous profitâmes, mais sans abus. Nous y restâmes 8 jours passés à refaire un peu d’exercice ou d’escrime à la baïonnette. (Pour ce que ça servait cette escrime ! Durant toute la guerre, je ne me suis jamais vu pas plus que les copains en appliquer les règles quand on se trouvait devant un Fritz. On faisait comme on pouvait : ou bien l’un ou l’autre des deux belligérants prenait la tangente ! C’était moins dangereux !) Nous avons toujours pensé que les pondeurs de ces règles étaient de grands farceurs.
Le 8ème jour, l’ordre suivant (ou à peu près) nous est communiqué : » Les éléments de la classe 15 formant la 307ème brigade (405 et 407ème) étant arrivés à la fin de leur instruction, vont, sur l’ordre du G.Q.G, avoir l’honneur d’entrer en contact avec l’ennemi. C’est la dure réalité de la guerre. Cette brigade prendra position avec une brigade plus aguerrie. Jeunes de la classe 15, le général en chef vous salue. L’avenir vous attend. Il met sa totale confiance en vous. » Après le rompez les rangs, des groupes se formèrent en commentant cet événement. Pour ma part, ça me remuait tout de même. Comme je dis à FRENOT:
- « J’en ai marre de faire de l’exercice et il ne faut pas oublier ce pourquoi on est là. Au moins, une fois dans le bain, on n’y pensera plus. Au diable tout le reste, faut pas s’en faire ! T’é rohon, m’y c’ot pouèroïlle ! »
On perçut 250 cartouches. Encore un peu plus de charge. On fit de l’entraînement de lancement de grenades. C’étaient les premières de cette guerre, des boules d’environ 800g. Elles étaient munies d’un anneau. On passait au poignet une courroie en cuir terminée par un mousqueton que l’on fixait à l’anneau mobile de la grenade. Bien dans la main, on faisait le mouvement de lancement par une rotation d’1/4 de tour de bras en partant de l’arrière. Quand on était à la verticale de l’épaule, on lâchait brusquement l’engin. Le mousqueton, en se libérant amorçait l’engin qui explosait 5 secondes après. Je n’ai jamais pu les lancer correctement. 8 fois sur 10, elles tombaient à mes pieds. J’étais donc un danger. Ça me vexait bien un peu, mais pas tellement quand même. Je serais donc voltigeur. Ça m’allait aussi bien et je n’aurais pas à porter ce poids supplémentaire. Et puis, il fallait des patrouilleurs, j’en serais ! On me remit aussi une cisaille énorme. Je devenais le cisailleur de l’escouade. Je n’avais pas prévu cela. Ça me fit faire la grimace en moi et ma gorge se nouait un peu. Je me voyais déjà, certaines nuits, envoyé pour aller couper les barbelés d’en face pour préparer une sortie, cela sous les fusées, les balles, les obus. Bref, je trouvais que cela devenait bien embêtant tout ça ! Rien ne va comme on croit ! Le cabot que je questionnais avec le plus de désinvolture possible, m’expliquait que l’on ne s’en servait qu’aux attaques si les barbelés n’étaient pas suffisamment hachés par les obus. Ça redevenait un peu meilleur. A l’occasion, je n’aurais qu’à dire des bonnes prières pour que les artilleurs fassent bien leur boulot ! C’est donc fier que j’arrimai cette cisaille sur mon sac. J’arrivais même à me persuader que les camarades se disaient :
- « Il a du cran Charpentier quand même ! »
En douce, je me disais :
- « Le premier obus qui tombe à côté de moi, je la balance et dis qu’elle a été pulvérisée ».
Mais je ne le fis et n’eus jamais à m’en servir par la suite.
A Suivre…

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Un de 14-18: chapitre 15
4/07/10
PRÉSENTATION DU DRAPEAU- JE RETROUVE CREUSAT ET BALLAND
Faisceaux formés, sacs à terre, le tout bien aligné, nous attendons les 5 ficelles et les feuilles de chêne. Beau temps, mais un peu froid. Parmi toutes les nouvelles qui circulent, j’entends que les 107ème et 121ème chasseurs sont là. Par échange de nouvelles, je savais que CREUSAT et BALLAND étaient à la 6ème compagnie du 107ème. Sans plus, je quitte les rangs et me voilà parti à leur recherche.(J’oublie de prévenir FRENOT qui devait bien m’enguirlander avec raison à mon retour.) Surprise de nos deux conscrits. Notre joie était belle, mais elle ne dura que peu car on sonnait la générale. Je les quitte et bondis vers mon 407ème pour arriver tout essoufflé au commandement de sac à dos. Pas malin, mais content tout de même, je rentre dans le rang et m’équipe. (FRENOT avait eu la gentillesse et l’esprit de camoufler mon sac.) Mais TISSOT avait vu et, en attendant la suite, me gratifiait d’un coup d’œil qui promettait. Il n’y eu rien, sauf l’engueulade méritée de FRENOT et l’avertissement du sous-off qui me dit :
- « Passe pour cette fois, mais attention ! »
Heureux de mon escapade et d’avoir vu mes deux Raonnais je me fichais éperdument de tout ce qui pouvait advenir.
(UNE PARENTHÈSE) De toute la guerre, je ne revis pas CREUSAT qui fut fait prisonnier à Verdun en juin 16. Quand à BALLAND, je le revis pour la dernière fois en mai 16 étant tous deux en permission. Je n’oublierai jamais sa douleur et ses pleurs lors de notre séparation à Raon-Basse. Il était avec deux de ses frères (Léon et Félicien) qui eux aussi, étant en fin de permission, s’en retournaient au front. Il ne voulut jamais que je l’accompagne jusqu’à Arches. Tout en me disant au revoir, au milieu de ses pleurs dont il était fort en colère, il me disait :
- « C’est ma dernière permission, je serai bientôt tué, tu verras. »
C’était malheureusement vrai. Le 23 juin, il était pulvérisé par un gros noir. Le même soir, CREUSAT était prisonnier. Monté en ligne le même jour que nous, leur bataillon en descendait 4 jours après avec 180 hommes. Ils étaient montés à 1800… A notre descente des lignes, j’allai pour les voir. Ils étaient à la Citadelle. Il n’y avait plus que 6 hommes de leur compagnie sur 250… Aucun ne put me donner de précisions sur l’un ou l’autre. Le cœur gros, j’avisai leurs parents, leur faisant espérer la capture. Hélas, ce n’était vrai que pour CREUSAT. Ce n’est que longtemps après la guerre que BALLAND fut officiellement porté disparu…
REVENONS A NOTRE REVUE : Face à chaque unité, un sous-lieutenant porteur d’un drapeau tout neuf avec une garde de 4 hommes baïonnette au canon. A tour de rôle, le divisionnaire faisait avancer cette garde et le colonel la recevait avec le drapeau. Celui-ci était aussitôt présenté à la troupe. Les sonneries Garde à Vous et Au Drapeau retentissaient. A chaque fois, il régnait un silence absolu, total, inouï. Ce sont vraiment des instants marquants. Je vous jure que cela provoque un drôle de choc intérieur. Chacun sentait qu’il avait une part bien à soi dans cette soie tricolore qui représentait notre régiment lui-même tout neuf. Vierge de toute inscription de bataille, nous mettions intérieurement notre honneur de combattants pour y inscrire des noms. Noms qui seraient notre gloire et celle du pays. Il n’y avait qu’à regarder chaque visage pour être sûr de cela. A ce moment là, nul ne songeait au sang qu’il nous faudrait verser. Nos vingt ans, seuls parlaient. On ne voyait plus que la France tout simplement. Cette France que l’on nous avait tant appris à aimer. Vive la France ! Vive l’armée ! Vive le 407ème .
Et ce fut l’impeccable défilé de chaque unité devant l’État-Major paraissant réellement étonné de l’allure de ces gosses de vingt ans aux quarante jours d’instruction. Et quartier libre !
Avec FRENOT, nous repartîmes pour retrouver les chasseurs. Déception, il n’y avait plus personne ! Par ordre supérieur, le 107ème et le 121ème étaient pour embarquer et être affectés à une autre division. C’est un peu cafardeux que nous rentrâmes au cantonnement.
A la suite de cette prise d’armes, le rapport nous appris la composition de notre division : 2 régiments d’active de Lille (les 39ème et sa réserve le 239ème), un régiment nouveau ( le 405ème du 5ème corps et nous du 7ème corps). Nous formions une division volante. A chaque montée en ligne, artillerie et génie nous seraient désignés. Donc, pas d’attache avec un corps d’armée. Comme toutes les nouvelles divisions, nous dépendions du G.Q.G. Nous étions commandés à cette époque par : à la D.I. le Général TOULORGE, à la brigade le Colonel BORDEAUX pour la 1ère et pour la 2ème le Général BATAILLE. Notre Colonel était le père ALLAIN comme déjà dit. Il était assez court, un peu bedonnant avec une forte moustache à peine grisonnante dans une face avenante, des yeux perçants éclairés de bonté et de malice, marchait comme un matelot à terre et malgré cela, bouillonnant et alerte. Ajoutez à cela un renom de grande bravoure, un grand souci du bien-être de ses soldats. Par la suite, tout cela fut confirmé. Brave père ALLAIN. Il avait su et très vite nous attirer à lui et nous inspirer confiance. Il pouvait nous demander beaucoup, il le fit par la suite.
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Un de 14-18: chapitre 13
19/06/10
J’EN AI ASSEZ, JE DEMANDE A PARTIR DANS LES NOUVELLES FORMATIONS
Un beau matin, le sergent-major nous lit une note annonçant la création de nouvelles unités d’infanterie, et qu’elles seront formées exclusivement de volontaires. Je décide aussitôt d’en être un et vais me faire inscrire. De Raon, FRENOT fut le seul à me suivre. J’avoue que je fus un peu déçu, mais n’en voulut nullement aux camarades. J’en avais assez de croupir là et de faire le singe à l’exercice. Et puis, ne racontait-on pas que ces nouvelles unités étaient destinées aux Dardanelles ? Ça me bottait ! Pensez donc, le bateau ! La mer, les sous-marins, le soleil de l’Orient, les Turcs…et les Turques ! Que sais-je encore ? J’étais aux anges. FRENOT aussi ! Les copains ne connaîtrait
jamais tout cela : tant pis pour eux ! De ceux-ci, quelques uns voulurent se faire inscrire le lendemain. Il était trop tard. Le contingent fixé pour notre seule Compagnie avait été atteint en une heure. L’exercice était fini pour nous. Des ordres vinrent. Rassemblement à Rolampont pour toucher un nouvel équipement et embarquer. La séance des adieux fut courte. Ça nous remuait quand même un peu.
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Un de 14-18: chapitre 12
30/11/09
VISITE D’INCORPORATION- JE SUIS PROPOSE POUR LA CAVALERIE!
Vint la visite d’incorporation. Déclaré bon pour le service, je retournais me rhabiller quand un infirmier dit:
« – Il a les pieds plats celui-là ! »
Je l’aurais mangé tout cru. Retour près du major qui regarde mes pieds et laisse tomber :
« – Inscrivez ! Changement d’armes ! Artillerie montée ou chasseur à cheval ! »
J’étais effondré. Je tempêtais, me démenais, disant que mes pieds ne me gênaient nullement (ce qui est vrai !), que je voulais être dans l’infanterie, que j’avais peur des chevaux, que nous étions ici 19 du même pays, etc… Je fis tant que le major me dit :
« – Après tout mon petit, (encore une vexation, je le savais que j’étais petit !) si tu y tiens tant que cela reste, mais si tu savais ce qui t’attend, tu t’empresserais de changer. »
Mais j’avais gain de cause. Le roi n’était pas de ma famille ! (Par la suite, j’eus souvent l’occasion de regretter une bonne planque aux chasseurs à cheval comme escorte d’un général).
C’est le lendemain que les Parisiens arrivèrent avec leur grande gueule. Il n’y en avait que pour eux. Ils m’évitèrent, me prenant, avec mon bouc, pour un ancien. Et puis, je les connaissais, y ayant travaillé dans leur Paris ! Au fond, des braves types, mais paradeurs et esbroufeurs en masse. Et quand ils parurent à l’exercice, ils achevèrent d’être mis au pas. Surtout que nous avions un adjudant corse d’origine qui n’arrêtait pas d’aboyer et de hurler après eux.
« – Je vous dompterai vite mes salauds. Vous allez voir que Canavaggia sait faire pisser le sang aux rétifs. »
C’était le type parfait du juteux de l’époque. Il était détesté de tous. Il rejoignit plus tard le 152ème avec un renfort et y fut tué rapidement et bizarrement…Paix à ses cendres.
L’instruction était pénible. Dès 7 heures du matin, les sections partaient dans la boue glacée du cantonnement pour les plateaux enneigés où soufflait une bise glaciale qui eut été mortelle s’il n’y avait eu l’exercice ininterrompu. Mais Dieu que les culasses étaient froides. Et il y avait la reptation dans la neige ! Eh, cette reptation ! Que de mauvais souvenirs elle nous a laissé. C’est ainsi que trempés, glacés, nous rentrions. Heureusement, les habitants avaient pitié. Ils nous séchaient nos treillis et nous laissaient nous approcher du feu.
Vers 6 heures, le soir : soupe ! Oh, pas varié le menu ! C’était toujours la soupe de bœuf, le bouilli et les patates. De très rares fois : pâtes ou haricots. Pas fameux, mais suffisant. Quand on pense aux menus de maintenant dans l’armée, ça fait rêver !
Parfois, nous avions la visite de parents. Cela faisait plaisir. Naturellement, il leur fallait coucher avec nous dans la paille ou le foin. C’était un entracte dans notre vie fort apprécié, mais c’était aussi bien déprimant pour certains cafardeux.
Notre instruction allait donc au pas de course. Cela faisait bien plaisir. Ne nous avait-il pas été notifié à un rapport que nous devions être mobilisables 6 semaines après notre incorporation. Les dépôts se vidaient vite, il fallait tant de renforts. Et, à part nos instructeurs, il n’y avait plus d’anciens ni de bleus de la 14 au dépôt.
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Un de 14-18: chapitre 11
21/09/09
ARRIVEE EN PLEINE NUIT AU DEPOT
Rolampont. Tout le monde descend. Notre cantonnement est Jorquenay à 4 Km de là. Encadrés par quelques sous-off et hommes de troupe, nous nous y rendîmes sous une pluie dense et froide. Nous étions environ 600 que cette pluie ne rendait pas loquaces. Sale pays en vérité. Une couche de 10 cm de boue engluait nos chaussures. Nous y arrivâmes trempés et frigorifiés. Ça débutait bien ! En plus, des tas de fumier énormes partout. Ce patelin devint aussitôt » Jorquenay les fumiers « . Après nous avoir affectés par section, les sous-offs désignèrent nos granges ou greniers. Quoique tout Raon fut de la même compagnie, je me retrouvai seul avec FRENOT à la 1ère section (32ème compagnie). Les autres étaient éparpillés au petit bonheur à travers le pays et les 3 autres sections. A notre grange, le caporal TISSOT de la classe 12 nous met gentiment à notre aise. C’était un ex-blessé du début de la guerre. Les Parisiens, arrivés 3 jours plus tard, achevèrent de compléter les effectifs. Dès le lendemain de notre arrivée, nous fûmes équipés entièrement avec les tenues n° 2 de nos anciens, partis avec du neuf. Le tout était passable. Je ne touchai pas de pantalon. Le sous-off me faisant remarquer que mon pantalon de velours (genre culotte de cheval) était meilleur que ce qu’il avait. Je n’eus que la salopette bleue qui cachait depuis deux mois le pantalon rouge trop voyant. Ma veste était de format court. (En 1916, j’avais encore pantalon et veste.)
Heureux comme des rois, nous filions pour nous transformer enfin en vrais soldats. Le soir, même, nous nous retrouvions tous au bistrot Robinet, où chacun s’émerveillait de se voir aussi beau!
Des gosses quoi! Un seul n’eut pas tout. Chaussant du 45, on ne trouva rien de cette pointure. Si bien que pendant deux mois, il ne fit rien que des corvées en pantoufles. Et encore fallait-il qu’il fasse beau. Sacré BERNEZ va!
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Un de 14-18: chapitre 9
17/06/09
JE RENTRE A RAON – LA CLASSE 15 EST APPELÉE – MES CONSCRITS
Cette affaire m’avait guéri. Je n’irais plus en escapade. Au reste, le jour était proche où il nous faudrait montrer nos anatomies aux majors de l’armée. Novembre 14, les convocations arrivent. De Raon où j’étais remonté, drapeau au vent, nous descendons à Remiremont, braillant plutôt que chantant. Nous avions un clairon qui sonnait ce qu’il savait ou pouvait. C’était une classe formidable. Depuis 50 ans, on n’avait pas vu la pareille à Raon. 23 conscrits de tout poil et grandeur (de 1,52 Aubel à Mougin, 1,82 m). Remiremont était en délire. Il faut avoir connu cette époque, comprendre le prestige de l’armée sur nos régions. Ceci pour vous dire que ce fut dans une ambiance formidable venant autant des civils que des conscrits que se passèrent et le conseil de révision et les virées qui suivirent. 22 sur 23 étaient bons pour le service. Le 23ème , Denis Bailly, gaillard costaud, s’était ouvert le genou en ébranchant un arbre et en avait conservé une ankylose totale.
Ce furent trois jours de folle liesse à courir de ferme en ferme voir les conscrites, très nombreuses aussi. Elles nous recevaient avec gentillesse. C’était la joie. Nous nous amusions donc sans souci. De toute façon, on ne pouvait éviter ce qui nous attendait, la mort comprise. Donc, profitons-en. La suite à plus tard. Après tout : à la guerre comme à la guerre. Il n’y a jamais que les tués pour y rester. Nous ne voulions pas songer à ce qui nous attendait. Piètre philosophie, sans doute, mais combien valable en ces temps.
VOICI NOTRE CLASSE: CEUX QUI SONT SUIVIS DU SIGNE + SONT LES VICTIMES
De Raon-Haute
AUBEL Louis, PIERRE Arthur +, JACQUEMIN Léon +, PETITJEAN Georges (grand invalide), LAMBOTTE Léon, THIRIET Camille, BALLAND Camille +, DIEUDONNE Denis, CHARPENTIER René.
De Raon Basse
MOUGIN Eugène +, VAUBOUG Gabriel +, VAUBOURG Camille +, LAURENT Marcel, FENAUX Georges, CREUSAT Georges +, PIERRON Louis +, GABRION René
De la Racine, des Trayes et du Pranzieux
LAHACHE Georges +, FRENOT Alphonse +, BAILLY Denis (réformé), ARNOULD Louis +, BERNEZ Paul +, GROSSIR Elie. (LAHACHE fut notre premier tué)
On le voit, 13 tués sur 22 appelés, c’est lourd. Allez compter le nombre de morts sur le monument. Vous constaterez que c’est notre classe qui proportionnellement est la plus touchée avec la classe 15. L’explication est la suivante : sur 33 classes mobilisées, ce sont les seules classes à ne fournir que des fantassins. En plus à Raon, notre classe peut être fière, toujours proportionnellement de compter le plus de décorés (FENAUX et MOUGIN, 5 citations). Seuls deux, faits prisonniers au début ne furent pas cités (LAURENT et GABRION) ce qui n’enlève rien à leur valeur. En plus de ces croix de guerre, il y avait 6 Médailles Militaires, 4 Légions d’Honneur (PETITJEAN, DIEUDONNE, FENAUX et moi-même). Une cinquième est en instance à titre posthume pour MOUGIN. A ma connaissance, seuls les deux frères COUSIN, qui eurent la Légion d’Honneur au titre d’officiers, il n’y a à Raon qu’Arthur PIERSON, ancien adjudant de la classe 12, réformé à 100%. Nous pouvons donc être fiers de notre classe et remercier les dieux de la chance qui étaient peut-être présents lors des distributions ??? En 1962, nous restons 7 rabioteurs qui sont PETITJEAN, THIRIET, BAILLY, GROSSIR, DIEUDONNE, GABRION et moi. Ce rabiot est donc apprécié. Profitons-en et pensons à tous nos disparus.
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Un de 14-18: chapitre 8
8/06/09
NOUS SOMMES LIBRES ET RENTRONS A REMIREMONT
Au matin, un sous-officier parut et nous cria:
- « Debout! Préparez-vous! »
C’était plutôt lugubre comme réveil et nous donnait un frisson peu agréable. Conduits à la cuisine, on y boit le jus (peut-être le dernier). Amenés devant le colonel, celui-ci nous dit sans préambule:
- « votre comportement est réglé par la D.I. »
Oui, mais comment? J’étais quand même un peu inquiet surtout que je voyais Boyon blanc comme amidon et Tissier quelque peu affalé, mais rien dans sa face ne laissait voir sa peur avouée par la suite. C’était rudement fort pour un gosse de 14 ans. Quand à moi, je commençais à me dire que c’en était fini, que je n’irais pas à la guerre, que je ne vivrais pas vraiment cette aventure. J’étais malheureux…
Le colonel nous laisse encore mijoter une minute puis nous dit:
- » Mes petits gars, adieu……Vous êtes libres! »
On lui aurait sauté au coup! Mais ça ne se fait pas!
- » Retournez chez vous, voici des laisser-passer jusqu’à Vagney. Après, débrouillez-vous, je ne suis pas en peine. Les vivres de vos colis seront distribués ici même. Voici une lettre que vous remettrez à vos mandants pour confirmer votre arrêt et la distribution des colis. Vous êtes de braves types, et continuez si un jour vous portez l’uniforme. »
Il nous serra la main brutalement.
- » Allez hop! Disparaissez! »
Oui, nous disparûmes et vite je vous assure! Nous entrâmes dans un café , on fit une petite bombance pour fêter notre libération. Les gens eurent peine à croire ce qui nous était arrivé.
Le lendemain, nous étions à Remiremont et remîmes à M. Schulmeyer la lettre du colonel tout en nous excusant de notre échec. Il savait plus ou moins ce qui nous était arrivé, la mairie ayant avisé quelques personnes. Des uns regrettèrent leur colis (Pourquoi? Puisque c’était quand même des soldats qui en avaient bénéficié!), d’autres allèrent jusqu’à nous reprocher notre manque de débrouillardise. Je ne pus m’empêcher de dire à ceux-là: – « Allez-y donc voir vous-même! »
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Un de 14-18: chapitre 7
28/05/09
DE LA CAVALERIE NOUS CERNE ET ON NOUS EMBARQUE!
A 400 mètres à notre gauche, camouflée derrière une haie: une batterie de 75 crachait sans arrêt de ses quatre pièces à fusants que l’on voyait éclater sur le coteau d’en face. Mais pourquoi un officier avec sa jumelle regardait-il avec insistance dans notre direction? Rapidement, on fut fixé! Subitement, une galopade retentit à nos oreilles et on entend aussitôt:
- » En fourrageurs! Sabres au clair! »
Nous bondissons et nous nous relevons pour voir une vingtaine de chasseurs à cheval qui nous encerclait. L’un deux tire une balle avec son mousqueton. La balle piaule entre Boyon et Tissier qui affolés se sauvent à toutes jambes. Je reste sur place et leur crie:
- « Arrêtez! Arrêtez! Ils vont vous sabrer sur place! »
Ce fut salutaire, ils arrêtèrent pile. Et ce n’est pas fiers du tout qu’ils nous cueillirent. Les chasseurs prirent nos laisser-passer et, encadrés par eux, nous partîmes. Tout en marchant, le chef de peloton, un lieutenant, me posait un tas de questions qui m’inquiétait. J’avais l’impression qu’il nous prenait pour des espions. Conduits dans une ferme pleine d’officiers, on nous débarrassa de tout ce que nous avions, poches comprises. Puis on nous enferma dans une chambre, sous la garde d’une sentinelle armée.
Une heure après, nous comparaissions devant un colonel d’artillerie. Sur une table à ses côtés nos lettres et colis ouverts… Interrogatoire d’identité, questions:
- « que faites-vous là? Pourquoi? »
Comment avions-nous fait pour passer les lignes? Qui nous avait guidé ou aidé? Pourquoi nous étions si près de la batterie, etc… Ah! On ne brillait pas! Oh, non!
Puis le colonel s’adressait à moi seul et continuait son interrogatoire. Sans y mettre de formes, nettement, je répondis à toutes ses demandes. J’allai jusqu’à lui dire que j’en étais à ma 3 ème sortie. Comme références, je citai Mr Puton, procureur de la république, Mr Georges Maire, le commissaire de Remiremont, etc… Tous ces messieurs nous connaissant bien.
- « Bien, dit le colonel, mais il n’en reste pas moins que votre attitude est anormale. Des renseignents seront demandés à Remiremont. Demain matin, vous serez fixés sur la suite »
Il se lève et fait signe à la sentinelle de nous emmener. Mais j’avais eu le temps de lui voir faire un clin d’œil plutôt rigolo vers le lieutenant présent à l’interrogatoire. Cela suffit pour me rassurer pour la suite. Amers, mes deux camarades étaient à plat. Impossible de les rassurer. Ils se voyaient déjà fusillés. Ils voyaient leur jeunesse sombrer dans la honte et déploraient cette aventure. J’eus un mal de chien de leur redonner un peu de cran en leur racontant le clin d’œil du colonel. Entre temps, il nous avait été apporté à chacun une gamelle de haricots et de bœuf grillé, pain et eau, la boisson par excellence du soldat. Ce rata semblait ma foi fort bon et j’y fit honneur. Mais pas Boyon et Tissier qui n’avaient encore pas suffisamment réagi. Ils se rattrapèrent dans la nuit, ce qui fit qu’on réussit à la terminer sans trop rêver de poteau d’exécution. Le canon ne nous gênait pas, les coups étaient rares. La bataille était finie et les boches rejetés.
A Suivre…

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Un de 14-18: chapitre 6
28/05/09
VISITE DU CHAMP DE BATAILLE ET RETOUR A REMIREMONT
Au jour, cela semble se ralentir. Nous sortons nos vivres et nous nous mettons à manger. Puis le vacarme reprit et fit rage à nouveau sur le plateau. Nos nerfs commençaient à se montrer bien sensibles. Des troupes montaient en silence. Des blessés légers descendaient. Grande était notre envie de les questionner, mais nous n’osions pas nous montrer.
La journée se passait ainsi. Le soir, l’accalmie était venue. Nous restâmes encore une nuit dans l’abri. Le lendemain, le bruit du canon ne s’entendait plus que très loin. Nous décidâmes de monter au col. Laissant nos colis sur place, nous gravissons la pente. Bientôt apparaissent les premiers tués. Cela nous serra le cœur. Nous en trouvions dans toutes les positions, sur le ventre, face au ciel, sur le côté, les mains crispées et serrant encore leur fusil, d’autres affreusement mutilés, et du sang, du sang… Ce n’est vraiment pas beau la guerre. Des quantités de sapins étaient déchiquetés par les obus. Plus on montait, plus les cadavres étaient nombreux, plus les trous d’obus étaient rapprochés. Mais le spectacle le plus horrible était sur le plateau où les morts français et allemands étaient confondus et se touchaient presque.
Ce fut un peu plus bas, côté Raon-l’Etape, que je vis mes deux premiers embrochés à la baïonnette. C’était affreux. Un marsouin et un boche s’étaient éventrés simultanément de leur baïonnette près d’un sapin. Ils étaient restés debout, leurs fusils plaqués contre le fût de l’arbre les maintenaient dans cette position. Nos regards ne pouvaient se détacher d’un tableau si hideux.
C’est bien déprimés que nous continuâmes à explorer le plateau, nous penchant vers les Français. Nous n’en reconnurent aucun. Tant mieux, paix à eux tous.
Vers le soir, ayant repris nos colis, nous rentrons à Rambervillers et rejoignons Remiremont par le train. Nous remettons aux parents colis, lettres, argent non distribué. Quelques personnes mirent en doute notre déplacement, mais tout rentra dans l’ordre lorsque les lettres arrivèrent, signalant la réception des colis, etc… remis par Tinette. Ce pauvre cher Tinette qui devait être tué en Alsace, quelques mois après comme sergent.
A Suivre…

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Un de 14-18: chapitre 5
20/05/09
JE ME RÉEMBAUCHE A MON ANCIENNE MAISON A REMIREMONT
Sachant que ma classe allait être appelée sitôt la 14 instruite, j’allai m’embaucher à mon ancienne maison de Remiremont dont le patron (Mougin) était mobilisé au 5° C.A.P. (je le retrouvai en 17 comme lieutenant et il fut tué peu après au Chemin des Dames). Je revis avec plaisir le neveu de la maison qui y était déjà lors de mon premier séjour . Il s’appelait Pol Boyon et était de ma classe. Il devait être grièvement blessé aux attaques de septembre 15 d’une balle qui lui a enlevé la moitié de la mâchoire inférieure. Cela se passait en Artois au fameux bois en H, d’où l’avant veille, mon Régiment étant à la côte 140 secteur de Neuville-St-Wast, j’avais été le voir en ligne. Horriblement défiguré, il eut la douloureuse gloire de faire partie de la grande cohorte des GUEULES CASSÉES. Rentré en 17 chez lui, à Mirecourt, il géra la COOP agricole. Mais handicapé moralement et physiquement, il mourut à 35 ans.
Après le travail au magasin, nous nous retrouvions le soir entre plusieurs conscrits et naturellement pour causer de notre future incorporation. La guerre battait son plein. Des nouvelles nous parvenaient de soldats. C’est ainsi que l’on sut que plusieurs bataillons ou régiments se trouvaient dans les Hautes-Vosges. Je résolus d’aller voir l’une ou l’autre de ces unités. J’en fis part à plusieurs clientes du magasin. Ce fut un succès. Je me vis bientôt en possession de plusieurs petits colis, de lettres et d’argent à remettre en cas de réussite. Je partis accompagné de Boyon et d’un autre conscrit de Raon, Elie Grossir qui avait 3 frères mobilisés au 149 et 158. Ils furent tous tués par la suite. M. Georges, maire de Remiremont, nous avait fourni des laisser-passer, qui, en réalité avaient peu de valeur. Nous partîmes sur Rambervillers où se situait une partie de la D.I. D’Epinal. But atteint sans histoire. Là, on apprend que certaines unités se trouvaient partie vallée du Rabodeau, partie vallée de la Meurthe. Malgré des avis contraires, c’est vers la Chipotte que l’on se dirigea. Le canon y grondait. On distinguait sur la crête le rougeoiement des éclatements et en bas, le départ des canons français. Chargés de nos colis, en file indienne, nous avancions. De temps à autre, des groupes armés ou des caissons d’artillerie nous croisaient. Nous ne fûmes jamais arrêtés. Plus on avançait, plus le vacarme devenait assourdissant, plus la forêt nous apparaissait mystérieuse, inquiétante sous les brèves lueurs des fusées, des éclatements et du sifflement des obus. Sans un mot nous allions. Je me demandais:
» – Que ferions nous si l’un ou l’autre disait on retourne? »
Pour moi, je me répondis:
» – t’as voulu voir, donc marche, ce n’est pas le moment de flancher. »
A tout hasard, je demandai:
» – Ça va Pol, et toi Elie?
- Oui, oui, ça va. »
C’était dit nettement, ça allait donc bien. Nous pénétrions à ce moment dans le bois. A droite, à gauche, le canon tirait toujours. Des sifflements bizarres plutôt légers, se faisaient entendre au-dessus de nos têtes ainsi que des chocs sur les branches et troncs de sapins. On ne fut pas long à comprendre. C’était des balles boches perdues.
» – Elles passent haut, dit Boyon.
- Oui, répond Grossir, c’est pas dangereux.
- C’est vrai, dis-je, mais elles sont là quand même. »
On montait toujours. Mais notre course allait se terminer. En effet, au premier grand virage, deux gaillards débouchent du talus, fusils croisés. Un « Halte » énergique nous cloue sur place. « Avancez! » On obtempère.
» -Merde, dit l’un d’eux, c’est des civils! Hé cabot, viens voir! »
Il vint et nous regarda sous un bref éclairage de sa lampe de poche. Aussi ahuris l’un que l’autre:
» – Mais c’est le Pol et René!
- Mais c’est toi Lalevée! Allez hop, à l’abri. »
Là, Lalevée, dit Tinette de la classe 14 (engagé) garçon de café dans le civil à Remiremont nous engueule et nous demande ce qu’on foutait là. Nous lui expliquons et, ayant argent et colis pour lui, nous lui remettons (le tout bienvenu!). Il nous dit pouvoir se charger de ce qui pouvait être aux camarades de son unité. Quand aux autres, pas de possibilité, ne sachant où se trouvaient les autres éléments. Il nous conseille d’arrêter là notre recherche car c’est la bataille partout aux alentours et ça ferait du vilain si on était pris. Il nous dit qu’ils sont en réserve et que bientôt ils vont monter. Sur ces entre faits, un planton arrive. Signal de branle-bas. Avec stupéfaction, nous voyons surgir de partout une centaine d’hommes équipés. Tinette nous quitte en nous embrassant tout en recommandant de ne pas quitter le bois avant le jour.
Restés dans l’entrée de l’abri, nous écoutons. Le bombardement de la crête était toujours plus dense. Les éclatements et les points de chute se multipliaient. Cela commençait à nous impressionner terriblement. Tassés sur nous-mêmes, nous ne sommes pas tellement reluisants. Et dans tout cela, que deviennent Tinette et ses camarades.
On rentre dans l’abri, où roulés dans nos couvertures, nous essayons de dormir. Mais il nous manquait l’habitude de ce bruit de mort, le sommeil nous fuyait. De plus, sur la route, dans un bruit de ferraille, les caissons d’artillerie se succédaient accompagnés des jurons des conducteurs et des hennissements des chevaux. Mais ce qui nous fit le plus froid, ce fut la descente de plusieurs ambulances…
A Suivre…

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