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Un de 14-18: chapitre 20
7/01/11
NOS PREMIERS TUES- DE SANG-FROID, JE TIRE POUR LA PREMIERE FOIS UN BOCHE
Pour nous mettre du plomb dans la tête, on nous fit renforcer les deux réseaux de barbelés qui nous protégeaient. On nous fit aller chercher notre soupe à l’arrière pendant huit jours. C’est lors d’une de ces corvées que le régiment eut ses premiers tués. Trois de ces corvées (malgré l’interdiction) avaient pris l’habitude de quitter le boyau pour passer sur le terrain. C’était narguer les boches ! Si bien qu’un beau jour, ils leur envoyèrent une vingtaine de 77. Résultat : 5 tués. C’était bête et surtout bien triste pour les parents à la réception de cette nouvelle. Mais hélas, passons ! Il allait arriver un temps où nous serions cuirassés.
C’est bien tristes que ce jour-là les rescapés rentrèrent. Il n’y eut pas de compliment non plus cette fois là.
C’est dans ce secteur que j’eus l’occasion de tirer à vue sur mon premier Fritz. De guet à la tranchée au côté d’un mar-gis d’artillerie observateur pour son groupe, il me fit remarquer un boche bricolant à quatre ou cinq cent mètres, à côté d’une maison en ruine. C’était se foutre de nous ! On décide de faire un carton. Chacun à son créneau, on vise soigneusement et : pan ! pan ! On regarde, l’allemand n’avait pas bougé et continuait. C’était vexant, car, pour ma part, aux séances de tir, je faisais mouche à 400 mètres. Le sous-off recommence, même résultat. J’en déduis aussitôt que l’ayant raté, il avait le droit de vivre. Ce n’était pas on heure : qu’il vive !

Un de 14-18: chapitre 19
20/10/10
ÇA DEVIENT SERIEUX- UNE FUSILLADE- 5 BLESSES
La deuxième nuit vint. Les deux FRENOT, nous étions exempts de garde. On alla se prélasser toute la nuit dans notre trou. On avala la soupe qui, cette fois, était à peu près chaude, donc meilleure et fumâmes une bonne cigarette. La toile de tente bouchant bien notre trou, nous étions bien.
Je ne sais depuis combien de temps nous dormions quand un coup de pied dans les tibias de FRENOT et un ordre hurlé:
- « Tout le monde aux créneaux, les boches attaquent ! » nous réveille en sursaut.
Hébétés, on se pique debout, on attrape le fusil, on l’arme et courons à notre place. La fusillade me paraissait monstrueuse. Sans doute la trouille et mal réveillé. Les balles sifflaient drôlement au-dessus de la tranchée. D’autres, avec leur « floc » particulier, s’enfonçaient dans la tranchée, d’autres derrière nous. De quoi faire trembler les bleus que nous étions. Comme tous, je ne m’en privais pas. Les obus se mirent aussi de la partie et devinrent dangereux. En sifflant, les éclats nous parvenaient un peu trop à mon avis. Regardant mes deux voisins, je vis en action notre caporal et FRENOT qui allaient commencer à tirer. Il me fallait y aller aussi et tirer. J’allais me mettre bien en face de mon créneau pour viser quand l’idée effrayante me vint qu’une balle boche pouvait passer par ce trou et me trouer ma petite cervelle! Ah non! Pas de ça! Tirer: oui! Faire la guerre: oui! Mais pour ça, il ne faut pas se faire tuer! Et fort à propos, je me souvins que les types du 45ème nous avaient dit que les créneaux avaient été faits de telle manière que, le fusil bien engagé, il n’y avait qu’à tirer pour dégager le terrain jusqu’aux lignes boches. Ça, c’est des constructeurs! Jetant un coup d’œil, je m’aperçus qu’aucun tireur ne semblait bien viser et maintenait la tête à côté du trou. Au reste, viser quoi? La fumée des obus devenait opaque et quoique le terrain fût illuminé par les fusées, on ne voyait rien, ce que confirmaient nos chefs de section. Me mettant de côté, je me mis à tirer vidant 7 boîtes de cartouches. C’eut pu être amusant s’il n’y avait pas eu les balles et les obus. Heureusement sans grand mal. Il n’y eut que 6 blessés légers pour le bataillon, aucun pour notre compagnie. Aussi vite l’affaire était venue, aussi vite elle s’arrêtait. Un ordre:
- « Cessez le feu mais que chacun reste aux créneaux ! »
Un silence formidable suivit le vacarme. Nous étions plus impressionnés que pendant la fusillade. Sans doute la réaction de la tension nerveuse. Puis un autre ordre : rentrer dans ses abris en ne laissant que les guetteurs habituels. Dans les cagnas, chacun de commenter les faits. Nous avions tous tirés beaucoup de cartouches. On rappelait le miaulement rageur de nos 75 qui s’abattaient chez Fritz. On était persuadé que nous avions repoussé une attaque formidable et que le terrain devait être jonché de cadavres ennemis. (Les Fritz devaient sans doute en dire autant !) Mais cette euphorie ne dura guère. Au petit jour, on est réveillé par les hurlements du pitaine, des lieutenants, de l’adjudant qui nous traitaient de trouillards, de femmelettes, de j’m’en foutisme. Rassemblés, on nous amène devant nos créneaux :
- « Allez, crétins, regardez votre travail ! »
Puisque c’était l’ordre, on regarde. C’était piteux mais d’un cocasse formidable ! Devant chaque créneau, il n’y avait non pas des boches d’étendus, mais, à deux ou trois mètres, un trou formidable creusé par nos balles. Et le bouquet, c’est que devant les créneaux des sous-offs, c’était pareil ! Tous, se souvenant de ce qu’avaient dit les hommes du 45ème, nous avions appliqués à la lettre ces renseignements avec la certitude de l’efficacité ! Résultats : on nous avertit que, comme punition, nous resterions plus longtemps en lignes.
Cette affaire nous fut une bonne leçon. Elle nous fit comprendre qu’il fallait se méfier des racontars et n’agir que d’après notre propre expérience. Expérience qui restait à faire. On sut dans la journée que ce branle-bas était le résultat de l’énervement de deux sentinelles de la 5ème qui, sous l’effet d’une vive frousse, étaient convaincus d’avoir vu bouger devant leur poste d’écoute et croyaient avoir affaire avec des patrouilleurs boches. S’empressant de vider leurs fusils, les postes voisins, inquiets, en firent autant. Ainsi alerté, le bataillon suivit le mouvement. Ce qui amena la riposte boche, entraînant les tirs de barrage réciproques. Ah ! Pauvres bleus que nous étions !
A Suivre…

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Un de 14-18: chapitre 18
15/09/10
MA 1ère GARDE DANS UN PETIT POSTE
Un ordre :
- « 1ère section, Halte ! »
Des occupants du 45ème sortent des trous individuels creusés dans la craie. Ces trous, suivant la fantaisie de leurs auteurs, étaient soit en profondeur ou en longueur. Quelques uns étaient faits pour deux et même trois, mais ils étaient rares. TISSOT m’en indique un à occuper avec FRENOT. Il me dit :
-« Ne bouge pas, tu sais ce qui t’attend ? »
Ah oui, je sais le petit poste. FRENOT s’offrit comme deuxième. TISSOT ne fit aucune difficulté.
On s’installe. Ça manquait d’espace. On aurait beau se serrer, l’un ou l’autre déborderait dans la tranchée. Une vieille toile de tente trouée servait de porte à notre taupinière. Ce trou avait 70 cm de hauteur, ce qui interdisait la pose assise. Enfin, c’était toujours un abri contre la pluie. 80 cm de craie au-dessus de nous nous mettait à l’abri d’un 77, c’était toujours ça !
Revint le cabot. En tenue, pas de sac, fusil, cartouchières garnies, 10 balles dans le fusil, toile de tente en bandoulière. Pris en charge par un cabot du 45ème, nous prenons un petit boyau à 20 mètres, sous deux réseaux de barbelés en rampant, nous aplatissant à chaque fusées éclairantes. A 50 mètres, nous arrivons dans un petit trou d’où sortent 2 types du 45ème qui aussitôt à voix basse, nous disent d’observer sans répit devant nous de tel angle à tel angle. Angles indiqués par des bouts de bois à 2 mètres. Détecter, s’il y a lieu toute patrouille. Ne pas tirer sauf en cas de surprise et dans ce cas, se replier de suite et rendre compte. 3 fusées pour ce cas . Ça nous impressionnait fort. En nous laissant, le cabot nous dit :
- « A 150 mètres à droite, il y a un poste boche occupé par deux Fritz, ceci contrôlé par leurs coups de feu ! »
Nous voilà donc seuls face à l’ennemi, gardiens de l’arrière ! Quelle responsabilité ! Rêveurs, nous imaginions de la mer à la Suisse, cette ligne ininterrompue de guetteurs, à qui il incombait de veiller sur la sécurité des camarades, sur le pays tout entier. Je crois bien qu’on se gonflait un peu. Mais il fallait ça pour asseoir notre courage. Venant des deux côtés, quelques balles passaient au-dessus de nous, aucune de face. Leur « piau-piauau » fixa un log moment notre attention. On cherchait à classer et à identifier tout bruit pour nous instruire. Au loin se distinguait la courte et fugitive lueur des départs d’artillerie boche, tirant sans doute sur notre artillerie. De toute notre attention exacerbée de notre première garde, nous observions la parcelle de terrain qui nous était dévolue à chaque lueur de fusée, mais c’était toujours pareil: des trous d’obus, encore des trous et des débris de la dernière attaque. Inutile de vous dire que tout en faisant le malin, on ne brillait pas tant que cela. De temps à autres, on communiquait nos découvertes qui, à la première fusée, s’avéraient fantaisistes. On croyait avoir vu bouger, des ombres s’aplatir… On avait la hantise d’une patrouille boche venant nous surprendre et nous faire prisonniers, ou nous tuer. Ah non! Pas maintenant, c’est trop tôt!
A force de regarder, on s’aperçut tout de même qu’il n’y avait rien. Ou que c’était un bout d’arbre, ou une grosse touffe de fourbi quelconque. Ailleurs, une bosse, qui à la lueur brutale des fusées ou à leur extinction, semblait bouger. Simple jeu d’ombres. C’est donc à moitié rassuré que nous nous versâmes un quart de pinard dans lequel on trempa du pain. Mais c’est égal, je me suis demandé souvent quel eut été notre comportement s’il y avait eu une fusillade. M’enhardissant, et malgré les protestations de FRENOT, je fis une cigarette; j’avais soin de la camoufler dans ma toile de tente à entre chaque inspiration. J’étais heureux, et puis je bravais la consigne, le cabot, tout le monde. Ce fut une bonne cigarette. Les deux heures s’écoulèrent sans autre histoire. Silencieusement, la relève vint. Passation des consignes. Quelques mots pour rassurer les camarades, cela d’un petit air protecteur, on se prenait déjà pour des vieux briscards. A ce moment passe une salve de 77 qui va éclater derrière la tranchée. Ah, mes aïeux! Adieu notre belle superbe. Nous piquons un plat ventre très réussi dans le boyau et sitôt les éclats passés, nous bondissons dans la tranchée, sans tenir compte de TISSOT qui cherchait à nous retenir et qui rentra tranquille. Dieu, que c’est donc difficile de s’aguerrir. TISSOT nous retrouvait tassés au fond de notre trou et se moquait gentiment de nous. Vexé, je lui rétorque qu’on avait couru parce qu’on savait par la relève que la soupe était là. Evidement, il ne fut pas dupe. Par la suite, il ne fit jamais allusion à cet épisode.
Ah cette soupe! Il restait au fond d’un bouteillon un peu d’eau avec une graisse toute figée, quelques patates à l’eau et deux bouts de gras de bœuf, le tout bien froid. Ils s’étaient servis les copains, mais patience, nous aurions notre revanche. Nous arrosâmes le tout d’un quart de pinard et de jus. On réservait l’autre jus pour le matin en le faisant chauffer sur une bougie, ça ferait du bien. Un café chaud, c’est toujours apprécié.
Bien enroulés dans nos couvertures et serrés l’un contre l’autre, le calot comme bonnet et la tête sur notre sac bien dur, nous dormîmes à la perfection. Réveil et rêvasserie. La journée se passait tranquille. Quelques obus à droite, à gauche, derrière, mais aucun sur nous. Sur les secteurs des deux autres bataillons, il en était de même. Somme toute, c’était de la petite guerre. Les camarades de la section n’ayant pas pris la garde cette première nuit venaient aux nouvelles et nous demandaient nos impressions. Il faut le dire, on se pavanait un peu. Pensez, la première garde, seuls à deux, la nuit et si près du Fritz! Ça nous posait, on était presque des héros. On n’exagéra rien quand même. On se gardait même bien de conter notre plongeon pas plus que notre retour ventre à terre dans la tranchée.
A Suivre…

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Un de 14-18: chapitre 17
21/08/10
NOUS PRENONS CONTACT AVEC LE FRONT- SECTEUR DE BRIMONT
Remise en ordre du cantonnement. Achat de quelques vivres et le plein du bidon. Encore un trait de tiré avec la facilité. Cette fois, c’était bien le commencement du bain. Nous allions vivre notre première nuit de guerre. Classons là dans un coin du cerveau pour les souvenirs. On avalait la route, moins braillards que de coutume. Compréhensible, n’est-ce pas ? Malgré notre foi et notre désir, on ne pénètre pas dans la guerre sans une certaine retenue. Bientôt, il n’y eut plus que quelques mots d’échangés. Chacun se recueillait et suivait le cours de ses pensées vers son destin, sa famille et cet inconnu que nous allions découvrir. Puis ce fut le silence. La nuit était noire. Bientôt, invectives et jurons se déclenchèrent. A chaque instant, c’était l’un ou l’autre qui se cognait ou trébuchait. Puis, le silence reprenait, c’était impressionnant. J’ai toujours remarqué ce comportement à chaque montée en lignes. Celle-ci amène infailliblement le soldat à se recueillir. Y avait-il des génies particuliers à ça ou l’incertitude de l’inconnu vers lequel on allait, le doute du destin, la famille loin derrière, et tant d’autres choses qui poussaient l’homme à s’isoler dans ses pensées. Je l’ignore encore. Parfois, nous levions la tête vers le ciel quand il était étoilé. Comme beaucoup, je n’étais pas superstitieux, mais comme tous, j’avais choisi mon étoile. Ma bonne étoile, qui devait me protéger avec certitude, sans défaillance. Nous y croyions tous. Et pourquoi pas après tout ! Ça nous donnait du courage et nous permettait d’avancer plus confiant.
Au fur et à mesure de notre avancement, les lueurs des éclatements et des fusées se faisaient plus distinctes. Nos fusées munies de parachute montaient très haut et éclairaient longtemps le terrain. Les boches éclairaient depuis le départ mais duraient peu. Par contre, elles surprenaient beaucoup plus que les nôtres. Le roulement des sifflements et éclatements des obus ininterrompu se prolongeait à l’infini. Ce n’était pas violent-violent, mais ce n’était pas sans nous impressionner. Bien que profanes en la matière, on se rendait bien compte que cela ne ressemblait nullement à une attaque, mais comme le disait le communiqué : « tir de harcèlement dans le secteur X».
Toujours plus loquaces nous approchions, quand vint l’ordre:
- « Faites passer, éteindre cigarettes et pipes. »
C’était ennuyeux, car l’une ou l’autre au bec, on se rendait compte que c’était un bon réconfort. Enfin, c’était l’ordre, au reste compréhensible. Par la suite, on se rendit compte que le brasillement d’une cigarette se voit à 1 Km. Nous nous rapprochions des obus de plus en plus. Ce fut ainsi que brutalement à 100 m de nous, 4 éclatements simultanés nous giflèrent de leur wramm, wramm, wramm, wramm ! et du tiouou, tiouou, toc, toc toc des éclats. Il n’y eut aucun arrêt, mais tout de même un flottement très prononcé. Un ordre :
- « Les sections à 20 pas, en ligne d’approche, les hommes à 4 pas l’un de l’autre. »
Ordre sitôt exécuté. Cabots et sous-Offs annoncent :
- « Au commandement, couchez-vous, le faire immédiatement ! »
Brr ! Ça commence à faire froid dans le dos. Une autre salve, à l’arrivée très perceptible, éclate devant nous. Nous étions déjà plaqués au sol quand les éclats, dans leur sifflement particulier à leur grosseur, s’abattaient sur nous. Quelques-uns tintèrent sur les gamelles ou plats de campement, d’autres touchèrent quelques hommes, mais pas de blessé.
-« Allez, en avant ! »
TISSOT, pour nous mettre en confiance nous disait :
- « Vous en faites pas, ce n’est que du 77, de la fouterie !»
Ça nous rassurait. Je dis tout de même à FRENOT :
- « -Bé yau, mà è feyot das éclats quand même !
- Yo, bié sûr, mà pisquè lo cabot dit qu’ço d’let fouterie ! »
Et voilà comment des jeunes emmenés par leurs anciens entrèrent dans la guerre. Ce fut tout ce qui tomba le plus près de chez nous.
Nous voici dans un chemin creux. Notre bataillon, le deuxième, s’arrête sur l’ordre :
-«sac à terre, l’arme à la main. Exécution ! »
Je roule une cigarette et bat mon briquet à pierre et à amadou. TISSOT bondit, furieux. Il me dit :
- « T’es cinglé non, les lignes sont tout près ! C’est toi que je colle le premier au petit poste ! »
Petit poste…petit poste… Qu’est-ce que c’est que ça ? Pas du bon sans doute ! Tant pis, on verrait bien. Et frondeur (dans le fond : pas malin !) :
- « Bien caporal, c’est justement ce que j’allais vous demander. »
Vis-à-vis des autres, ça me posait, mais mon ventre n’était pas d’accord. Ça se tortillait un peu de côté-là. FRENOT me disait :
- « Si o faut dousse, j’viras dévo t’y, é bé yo, merci ! » (Seuls, nous nous causions toujours en patois)
Sur ces entre-faits, les 5ème et 6ème compagnies étaient montées en ligne emmenées par des hommes du 45ème (des auvergnats). Vint notre tour. En empruntant un boyau, on s’aperçut que nous pénétrions vraiment dans le monde des tranchées, des taupes et autres vers de terre. Ce boyau, taillé dans la craie, était profond et à peine abimé, ce qui me fit remarquer à FRENOT :
- « C’et no mi esquintet, c’enn dô mi cherr, topien pouéhi !
« Yo mâ cot qu’o trop. Enfin, si cèn’ché mi do tot qu’o z’évance ço bien. »
C’est ce qui arriva. Nous débouchâmes bientôt dans une parallèle qui était la tranchée de tir. Les fusées, assez rapprochées, nous permettait de nous familiariser avec toutes ces choses nouvelles qui allaient meubler notre vie de poilus. De 20 pas en 20 pas, un guetteur au créneau guettait et surveillait son rayon de visibilité. Des obus passaient au-dessus de nous pour aller éclater à l’arrière. Aucun à proximité. Ça faisait notre affaire. Il faut bien l’avouer : pas mal de notre superbe s’était envolée. De voir ces vieux de la vieille avec nous, calmes et attentifs, nous impressionnait fort.
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Un de 14-18: chapitre 14
19/06/10
ARRIVÉE AU VALDAHON- FORMATION DE NOTRE RÉGIMENT
Formée à 250 hommes, notre Compagnie était encadrée par des rescapés de l’active et volontaires également. Nous avions toujours notre caporal TISSOT et notre sergent » RISPOT » de la classe 11 et notre chef de section, le lieutenant DE L’ESTRANGE, classe 10, un charmant garçon. Il était bien aimé et nous étions contents de l’avoir. Le capitaine LECOMTE, réserviste, 40 ans, venait de la 30ème compagnie. Il était propriétaire de l’hôtel des Vosges en face de la gare à Epinal. C’était un fort gaillard haut en couleurs, aimant les hommes autant que la bonne chère! Il nous avertit: « Je ne serai pas service service, mais je veux être obéi. Pour le reste, je vous foutrai la paix ! » Tout s’annonçait donc bien. Nous embarquâmes pour arriver au Valdahon en pleine nuit, autant fatigués pour tout ce branle-bas que par le long trajet des wagons à bestiaux. Conduits à nos baraquements respectifs, nous fûmes heureux d’y trouver une paille fraîche et abondante. Très vite déséquipés, on s’y vautrait avec délice.
Bien roulés dans nos couvertures, fumant une cigarette, nous échangions, les deux FRENOT, nos impressions qui se résumaient par nous féliciter d’être là. Sur une dernière pensée à la famille et aux camarades, nous nous endormions. Sommeil qui dura jusqu’à une partie de la journée. Ayant quartier libre, nous en profitâmes pour aller jusqu’au patelin où on se régala d’une bonne omelette bien arrosée. En rentrant vers 20 heures, les camarades nous apprirent que les Compagnies formant le régiment seraient là le lendemain ainsi que le colonel et les commandants de bataillon. Le colonel ALLAIN, un bon gros court sur pattes se présentait sur son cheval. Puis, toujours à cheval prennent place : 1er bataillon : MARCHAL venant du 44ème de Belfort, 2ème bataillon : JOIGNEREZ venant du 60ème de Besançon, 3ème bataillon : ZELTNER, ancien de 1870 ayant repris du service. Le colonel venait du 35ème de Belfort. C’étaient tous des hommes de valeur qui allaient le prouver par la suite. Quand aux Compagnies, elles venaient des 7ème et 21ème corps de l’Est. 1ère compagnie du 35ème de Belfort, 2ème compagnie du 42ème de Belfort, 3ème compagnie du 44ème de Besançon, 4ème compagnie du 60ème de Besançon, 5ème compagnie du 23ème de Chaumont, 6ème compagnie du 31ème de Langres, 7ème compagnie du 149ème d’Epinal, 8ème compagnie du 152ème de Gerardmer, 9ème compagnie du 170ème d’Epinal, 10ème compagnie du 171ème d’Epinal, 11ème compagnie du 172ème de Belfort, 12ème compagnie du 35ème de Belfort.
La C.H.R . et le train de combat et de ravitaillement furent constitués les lendemains. La musique et la section téléphonique ne le furent que bien plus tard sur le front.
Nous défilâmes devant notre état-major entraîné par les cliques des bataillons. Quoique n’ayant qu’une trentaine de jours d’entraînement, ce fut impeccable. Nous avions peut-être une certain allure carnavalesque, en effet, des compagnies avaient touché des uniformes de tirailleurs, d’autres de pompiers ! Mais on s’en foutait, on allait comme des anciens.
Le défilé terminé, rangés sur 3 faces par lignes de compagnies , l’arme au pied, nous faisions face au colonel . Celui-ci nous dit toute sa satisfaction et sa pleine confiance aux gamins qui lui étaient confiés, et qu’il avait la certitude que nous serions dignes du drapeau qui nous serait remis sur le front. Ben, ma foi, ça nous flattait. Volontiers, on aurait courut tout de suite sur le Fritz. Mais il fallait encore attendre. Pas longtemps. Le surlendemain, au réveil, les sous-off annonçaient : « Ce soir à 4 heures, rassemblement en tenue de guerre pour l’embarquement. »
La joie explose. Ce n’était que clameurs, plaisanteries, chants dans toutes les baraques. On montait le sac bien au carré, dans toutes les règles de l’art, qui en était un à cette époque. On voulait être beau, et pourquoi pas, hein ?
Vite, on griffonne une carte à la famille, aux camarades (fi ! toujours au dépôt) pour annoncer la grande nouvelle. Et en avant pour les wagons. 4 trains entiers de wagons de voyageurs. On nous soignait. Sitôt installés et déséquipés, bien à l’aise, les bidons commencent à circuler et à se vider. (J’ai toujours trouvé curieux, qu’aussitôt désœuvré, le soldat pense tout de suite au bidon et au casse-croûte). Et de brailler et de chanter. Que la vie était donc belle. Vive le vin, vive la guerre ! Les anciens, plus pondérés, (cabots et sous-offs) avaient beau répéter : « Attendez, vous verrez, vous en rabattrez ! » On ne voulait rien croire, rien entendre. Ce n’était qu’un chahut formidable dans le train, chahut qui couvrait le toc ô toc des roues sur les rails. On partait, on partait ! Mais où au fait ?
C’est pendant cette rigolade générale que brutalement on fut projeté l’un sur l’autre. Quel choc ! Sac, fusil, équipement, tout nous tombait sur le dos, pendant que les wagons faisaient des sauts formidables. Puis, le train s’immobilisa. Enchevêtrés les uns dans les autres, on se dégage tant bien que mal de cette pagaille. Pas grand mal. On déblaie. Des ordres courent le long du train. Les renseignements arrivent enfin. Ce n’était qu’un petit déraillement de 3 voitures. Pas de victimes sérieuses. Somme toute un petit prélude à ce qui nous attendait. Les trois wagons sont vite remis sur les rails. Parait qu’ils n’avaient aucun mal. Toujours est-il qu’ils nous amenèrent sans autre incident au camp de Cuperly dans la Marne, après avoir traversé Epinal que les Vosgiens saluèrent au passage avec une pointe de nostalgie. Cuperly, tout le monde descend. Grosse déception. On avait franchement tourné le dos aux Dardanelles. Prenons-en notre parti, le coin est quand même glorieux !
Très fatigués, on s’en fut vers les baraquements que les sous-offs nous avaient désignés. Une bonne surprise nous attendait. Il y avait des couchettes avec paillasses. Oui, mon vieux, des couchettes, tu te rends compte ? L’hôtel quoi ! On y dormit comme des anges. (Je suppose qu’ils doivent bien dormir). 8heures, réveil. Rassemblement par compagnies pour y apprendre qu’il y a revue de détail à 10 heures. On appris également que le lendemain (tous les éléments étaient là) notre jeune et nouvelle division, la 130ème serait rassemblée sur le terrain et présentée à des généraux de D.I. et brigades.
Rien sans doute n’avait été prévu pour notre ravitaillement car il fallut se contenter d’une boule de pain et d’une boite de singe pour 4 et l’eau du camp comme boisson. Cette eau douceâtre qui sort de la craie, pouah ! Plus rien dans les bidons et pas de cantine dans le camp. Et comme les patelins sont au diable et même plus… Enfin, tant pis, l’apprentissage commençait. Ça nous arriverait bien des fois.
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Un de 14-18: chapitre 12
30/11/09
VISITE D’INCORPORATION- JE SUIS PROPOSE POUR LA CAVALERIE!
Vint la visite d’incorporation. Déclaré bon pour le service, je retournais me rhabiller quand un infirmier dit:
« – Il a les pieds plats celui-là ! »
Je l’aurais mangé tout cru. Retour près du major qui regarde mes pieds et laisse tomber :
« – Inscrivez ! Changement d’armes ! Artillerie montée ou chasseur à cheval ! »
J’étais effondré. Je tempêtais, me démenais, disant que mes pieds ne me gênaient nullement (ce qui est vrai !), que je voulais être dans l’infanterie, que j’avais peur des chevaux, que nous étions ici 19 du même pays, etc… Je fis tant que le major me dit :
« – Après tout mon petit, (encore une vexation, je le savais que j’étais petit !) si tu y tiens tant que cela reste, mais si tu savais ce qui t’attend, tu t’empresserais de changer. »
Mais j’avais gain de cause. Le roi n’était pas de ma famille ! (Par la suite, j’eus souvent l’occasion de regretter une bonne planque aux chasseurs à cheval comme escorte d’un général).
C’est le lendemain que les Parisiens arrivèrent avec leur grande gueule. Il n’y en avait que pour eux. Ils m’évitèrent, me prenant, avec mon bouc, pour un ancien. Et puis, je les connaissais, y ayant travaillé dans leur Paris ! Au fond, des braves types, mais paradeurs et esbroufeurs en masse. Et quand ils parurent à l’exercice, ils achevèrent d’être mis au pas. Surtout que nous avions un adjudant corse d’origine qui n’arrêtait pas d’aboyer et de hurler après eux.
« – Je vous dompterai vite mes salauds. Vous allez voir que Canavaggia sait faire pisser le sang aux rétifs. »
C’était le type parfait du juteux de l’époque. Il était détesté de tous. Il rejoignit plus tard le 152ème avec un renfort et y fut tué rapidement et bizarrement…Paix à ses cendres.
L’instruction était pénible. Dès 7 heures du matin, les sections partaient dans la boue glacée du cantonnement pour les plateaux enneigés où soufflait une bise glaciale qui eut été mortelle s’il n’y avait eu l’exercice ininterrompu. Mais Dieu que les culasses étaient froides. Et il y avait la reptation dans la neige ! Eh, cette reptation ! Que de mauvais souvenirs elle nous a laissé. C’est ainsi que trempés, glacés, nous rentrions. Heureusement, les habitants avaient pitié. Ils nous séchaient nos treillis et nous laissaient nous approcher du feu.
Vers 6 heures, le soir : soupe ! Oh, pas varié le menu ! C’était toujours la soupe de bœuf, le bouilli et les patates. De très rares fois : pâtes ou haricots. Pas fameux, mais suffisant. Quand on pense aux menus de maintenant dans l’armée, ça fait rêver !
Parfois, nous avions la visite de parents. Cela faisait plaisir. Naturellement, il leur fallait coucher avec nous dans la paille ou le foin. C’était un entracte dans notre vie fort apprécié, mais c’était aussi bien déprimant pour certains cafardeux.
Notre instruction allait donc au pas de course. Cela faisait bien plaisir. Ne nous avait-il pas été notifié à un rapport que nous devions être mobilisables 6 semaines après notre incorporation. Les dépôts se vidaient vite, il fallait tant de renforts. Et, à part nos instructeurs, il n’y avait plus d’anciens ni de bleus de la 14 au dépôt.
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21/09/09
ARRIVEE EN PLEINE NUIT AU DEPOT
Rolampont. Tout le monde descend. Notre cantonnement est Jorquenay à 4 Km de là. Encadrés par quelques sous-off et hommes de troupe, nous nous y rendîmes sous une pluie dense et froide. Nous étions environ 600 que cette pluie ne rendait pas loquaces. Sale pays en vérité. Une couche de 10 cm de boue engluait nos chaussures. Nous y arrivâmes trempés et frigorifiés. Ça débutait bien ! En plus, des tas de fumier énormes partout. Ce patelin devint aussitôt » Jorquenay les fumiers « . Après nous avoir affectés par section, les sous-offs désignèrent nos granges ou greniers. Quoique tout Raon fut de la même compagnie, je me retrouvai seul avec FRENOT à la 1ère section (32ème compagnie). Les autres étaient éparpillés au petit bonheur à travers le pays et les 3 autres sections. A notre grange, le caporal TISSOT de la classe 12 nous met gentiment à notre aise. C’était un ex-blessé du début de la guerre. Les Parisiens, arrivés 3 jours plus tard, achevèrent de compléter les effectifs. Dès le lendemain de notre arrivée, nous fûmes équipés entièrement avec les tenues n° 2 de nos anciens, partis avec du neuf. Le tout était passable. Je ne touchai pas de pantalon. Le sous-off me faisant remarquer que mon pantalon de velours (genre culotte de cheval) était meilleur que ce qu’il avait. Je n’eus que la salopette bleue qui cachait depuis deux mois le pantalon rouge trop voyant. Ma veste était de format court. (En 1916, j’avais encore pantalon et veste.)
Heureux comme des rois, nous filions pour nous transformer enfin en vrais soldats. Le soir, même, nous nous retrouvions tous au bistrot Robinet, où chacun s’émerveillait de se voir aussi beau!
Des gosses quoi! Un seul n’eut pas tout. Chaussant du 45, on ne trouva rien de cette pointure. Si bien que pendant deux mois, il ne fit rien que des corvées en pantoufles. Et encore fallait-il qu’il fasse beau. Sacré BERNEZ va!
A Suivre…

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Un de 14-18: chapitre 10
6/09/09
RÉCEPTION DES FEUILLES DE ROUTE – DÉPART VERS LES DÉPÔTS
Vers le 8 décembre 1914, nous recevons nos feuilles de route. Et de courir chez l’un chez l’autre pour connaître notre affectation réciproque. 17 rejoignaient le 152 de Gérardmer, et 5 les 5ème et 15ème chasseurs. Je faisais partie des 17 et n’en étais pas plus fier que cela. Car figurez-vous que j’avais laissé pousser mon bouc avec le secret espoir de faire un chasseur à pied. Va te faire foutre, c’était par terre. Mais j’en pris immédiatement mon parti. Après tout, ces trois unités étaient de la même brigade. Leur réputation était équivalente. Et puis, pantalons rouges ou bleus, zouaves, turcos, tirailleurs, marsouins, Légion, c’était toujours de l’infanterie.
Vite, on se prépare, on bourre une musette de linge et de vivres pour 2 jours, sans oublier de prendre une bonne couverture. Elle ne serait pas de trop car l’hiver était déjà bien rude et l’armée n’est pas tellement généreuse. Ensuite, il ne fallait pas oublier que les dépôts d’instruction n’étaient que granges ou greniers dans de petits villages de la Haute-Marne. Je ne m’étendrai pas sur les derniers jours de notre présence à Raon, car les familles se montraient plutôt tristes. Car pour beaucoup, c’était encore un des leurs qui s’en allait rejoindre un frère, un oncle, un beau-frère ou autre proche parent.
16 décembre 14. C’est de la mairie que vers 3 heures du matin, nous partîmes vers la gare de Dounoux. S’étaient joints à nous 2 ajournés de la 14, FADY Emile et BALLAND Germain. Donc, 24 à prendre la route sous les regards plein de tristesse des parents. Mais, tenons bon, on ne doit pas voir notre propre désarroi. Pour ma part, ce me fut moins pénible que pour mes camarades. En effet, depuis 5 ans, j’avais l’habitude de la séparation. Et puis, j’avais tellement espéré ce moment. Cette séparation ne représentait pas pour moi le même degré de cruauté que pour les autres. En plus, j’avais un caractère porté à la blague et au j’m’en foutisme. De plus, j’avais fortement ancré dans la caboche que j’en reviendrais.
A force de me démener, aidé par MOUGIN et BALLAND Camille, 2 farceurs à froid, on arrive à dérider tout le monde et c’est en chantant que nous arrivons à la gare où nous retrouvons les conscrits de Hadol, Dounoux, Uriménil… Le train ne tarda pas. C’étaient des wagons de voyageurs. Tout Raon en occupe un. Débarrassés de nos charges, bien assis, nous reprenons les chansons. Raon est déjà presque oublié.
A partir de ce moment, nous devenions d’autres hommes. Un trait était tiré. Les soldats X, Y, Z étaient nés. Arrêt à Culmont-Chalindrey où les chasseurs descendent pour emprunter un autre train pour Besançon. Larmes abondantes chez quelques-uns. Je ne comprenais pas. Bien sûr, c’était une nouvelle séparation qui s’ajoutait à celle du pays, mais que diable, nous n’étions pas encore morts ! Où était le drame ? Où il était ? Je le compris plus tard. Tout simplement la prémonition de leur mort. BALLAND , AUBEL, ARNOULD, BERNEZ, VAUBOURG qui avaient pleuré devait être des premiers à se faire tuer. Bizarre. Bien sûr, il y en eu d’autres, mais le fait n’est pas là.
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Un de 14-18: chapitre 8
8/06/09
NOUS SOMMES LIBRES ET RENTRONS A REMIREMONT
Au matin, un sous-officier parut et nous cria:
- « Debout! Préparez-vous! »
C’était plutôt lugubre comme réveil et nous donnait un frisson peu agréable. Conduits à la cuisine, on y boit le jus (peut-être le dernier). Amenés devant le colonel, celui-ci nous dit sans préambule:
- « votre comportement est réglé par la D.I. »
Oui, mais comment? J’étais quand même un peu inquiet surtout que je voyais Boyon blanc comme amidon et Tissier quelque peu affalé, mais rien dans sa face ne laissait voir sa peur avouée par la suite. C’était rudement fort pour un gosse de 14 ans. Quand à moi, je commençais à me dire que c’en était fini, que je n’irais pas à la guerre, que je ne vivrais pas vraiment cette aventure. J’étais malheureux…
Le colonel nous laisse encore mijoter une minute puis nous dit:
- » Mes petits gars, adieu……Vous êtes libres! »
On lui aurait sauté au coup! Mais ça ne se fait pas!
- » Retournez chez vous, voici des laisser-passer jusqu’à Vagney. Après, débrouillez-vous, je ne suis pas en peine. Les vivres de vos colis seront distribués ici même. Voici une lettre que vous remettrez à vos mandants pour confirmer votre arrêt et la distribution des colis. Vous êtes de braves types, et continuez si un jour vous portez l’uniforme. »
Il nous serra la main brutalement.
- » Allez hop! Disparaissez! »
Oui, nous disparûmes et vite je vous assure! Nous entrâmes dans un café , on fit une petite bombance pour fêter notre libération. Les gens eurent peine à croire ce qui nous était arrivé.
Le lendemain, nous étions à Remiremont et remîmes à M. Schulmeyer la lettre du colonel tout en nous excusant de notre échec. Il savait plus ou moins ce qui nous était arrivé, la mairie ayant avisé quelques personnes. Des uns regrettèrent leur colis (Pourquoi? Puisque c’était quand même des soldats qui en avaient bénéficié!), d’autres allèrent jusqu’à nous reprocher notre manque de débrouillardise. Je ne pus m’empêcher de dire à ceux-là: – « Allez-y donc voir vous-même! »
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Un de 14-18: chapitre 6
28/05/09
VISITE DU CHAMP DE BATAILLE ET RETOUR A REMIREMONT
Au jour, cela semble se ralentir. Nous sortons nos vivres et nous nous mettons à manger. Puis le vacarme reprit et fit rage à nouveau sur le plateau. Nos nerfs commençaient à se montrer bien sensibles. Des troupes montaient en silence. Des blessés légers descendaient. Grande était notre envie de les questionner, mais nous n’osions pas nous montrer.
La journée se passait ainsi. Le soir, l’accalmie était venue. Nous restâmes encore une nuit dans l’abri. Le lendemain, le bruit du canon ne s’entendait plus que très loin. Nous décidâmes de monter au col. Laissant nos colis sur place, nous gravissons la pente. Bientôt apparaissent les premiers tués. Cela nous serra le cœur. Nous en trouvions dans toutes les positions, sur le ventre, face au ciel, sur le côté, les mains crispées et serrant encore leur fusil, d’autres affreusement mutilés, et du sang, du sang… Ce n’est vraiment pas beau la guerre. Des quantités de sapins étaient déchiquetés par les obus. Plus on montait, plus les cadavres étaient nombreux, plus les trous d’obus étaient rapprochés. Mais le spectacle le plus horrible était sur le plateau où les morts français et allemands étaient confondus et se touchaient presque.
Ce fut un peu plus bas, côté Raon-l’Etape, que je vis mes deux premiers embrochés à la baïonnette. C’était affreux. Un marsouin et un boche s’étaient éventrés simultanément de leur baïonnette près d’un sapin. Ils étaient restés debout, leurs fusils plaqués contre le fût de l’arbre les maintenaient dans cette position. Nos regards ne pouvaient se détacher d’un tableau si hideux.
C’est bien déprimés que nous continuâmes à explorer le plateau, nous penchant vers les Français. Nous n’en reconnurent aucun. Tant mieux, paix à eux tous.
Vers le soir, ayant repris nos colis, nous rentrons à Rambervillers et rejoignons Remiremont par le train. Nous remettons aux parents colis, lettres, argent non distribué. Quelques personnes mirent en doute notre déplacement, mais tout rentra dans l’ordre lorsque les lettres arrivèrent, signalant la réception des colis, etc… remis par Tinette. Ce pauvre cher Tinette qui devait être tué en Alsace, quelques mois après comme sergent.
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